riche puisse se faire. Il y a là une urgence pour que l'Afrique entre, non complexée mais lucide, dans le troisième millénaire.
Convictions pour une Afrique forte et heureuse
Moltman, un des théologiens que j'aime, a écrit : « l'espérance chrétienne est inconciliable avec la résignation ». Cette même idée figure sous la plume de Jean Paul II dans l'Encyclique Sollicitudo Rei Socialis de 1987 : « celui qui voudrait renoncer à la tache difficile mais exaltante d'améliorer le sort de l'homme et de tous les homes sous prétexte du poids trop lourd de la lutte et de l'effort incessant pour se dépasser, ou même parce qu'il a expérimenté l'échec et le retour au point de départ celui là ne répondrait pas à la volonté de Dieu créateur. C'est toujours l'homme qui est le protagoniste du développement ».
Voici donc, au terme de cette réflexion sur Songhaï, dans des écrits d'autres que nous, réaffirmées ces convictions de base qui nous animent : on ne peut pas se résigner au sous-développement, il faut se battre pour faire changer les choses et toujours parier sur l'humain pour réussir à sortir de la misère. Les lendemains de l'Afrique ne seront pas semblables à hier si des hommes et des femmes se risquent à faire changer les choses. Ces convictions ne sont-elles pas condamnées dans la réalité par la situation présente ? Nous sommes convaincus que les problèmes de l'Afrique sont là parce qu'on n'a pas encore déployé les forces nécessaires pour les affronter. C'est l'incapacité des gens à créer, à inventer de nouvelles possibilités et systèmes de valeurs qui est la base de ces crises. Il importe de développer de nouvelles stratégies, de nouveaux paradigmes.
La mondialisation est le cadre de la nouvelle économie. Beaucoup ressentent un découragement face à ces mécanismes qui affectent le monde entier et abandonnent la lutte. L'Afrique n'a pas à avoir peur de la mondialisation et à continuer à être défaitiste : elle doit prendre conscience de ses forces et de ses atouts et saisir les opportunités qu'offre la globalisation. Il s'agit, aujourd'hui à l'heure de la mondialisation, d'être un « danseur cosmique » (selon l'expression de Nietzsche), une personne capable de danser, c'est-à-dire de suivre en souplesse et en harmonie, les apports, les changements, les contextes? tout en avançant avec un pied solidement appuyé sur la tradition africaine, sur son identité culturelle.
Nos actions ne sont pas de l'ordre du rêve mais elles sont de l'ordre de l'utopie, c'est-à-dire de ce qui nous tire en avant et nous invite à mobiliser en chacun de nous, et en particulier nous les Africains et les Africaines, le meilleur de nous-mêmes. La devise de Songhaï qui figure en dessous du dessin de l'aigle est : « engagement pour le meilleur » ; elle dit bien cela : il faut mettre le meilleur de soi pour obtenir une Afrique qui soit meilleure, plus facile à vivre et plus heureuse. Il faut s'engager radicalement et ne pas attendre. Il y a urgence.
Cet engagement pour le meilleur manifeste une confiance en l'humain : il n'y a pas de personne nulle et sans contribution positive pour son pays, de gens condamnés à ne rien faire car ils ne savent rien faire. Un proverbe bantou dit « si l'enfant se lave bien les mains, il peut manger avec le roi » : chacun peut être un acteur important s'il s'engage pour le bien et se donne une bonne discipline.
A Songhaï, nous croyons à la dignité de la personne humaine ; c'est ce qui nous pousse à stimuler cette personne pour qu'elle aille le plus loin possible et à la former pour qu'elle dépasse encore ses performances spontanées. Nous croyons que les humains sont faits pour réussir et sont appelés à une culture de succès qui doit au plus vite remplacer la culture de mort et de découragement qui est la nôtre aujourd'hui. Songhaï ne serait-il pas une petite « résurrection » au milieu des cocktails de malheurs ? C'est notre ambition mais il faut savoir que le calvaire, la souffrance et l'humiliation du vendredi saint, font partie de ce processus de « résurrection », voire de la renaissance.
Cette recherche permanente d'un dépassement de soi repose sur une responsabilisation économique certes mais aussi et surtout sur une conscience morale, un sens de la communauté et des valeurs collectives. La notion de bien commun, qui articule la réussite personnelle et la réussite communautaire, est un bon concept pour l'Afrique contemporaine et pour le monde entier.
Faire référence au succès personnel n'a pas bonne presse dans le petit monde du développement ; on est vite taxé de « suppôt du capitalisme » et exclu de beaucoup de milieux bien pensants. Or sans prise de risque et de responsabilité, il n'y aura jamais de tentative de développement. On ne partage pas la pauvreté. La richesse communautaire commence par les initiatives individuelles qui produisent la richesse, ensuite partagée dans la communauté. Ce n'est pas seulement la richesse matérielle qui est partagée mais les valeurs, les forces qui la créent.
L'initiative personnelle doit être stimulée mais ceci ne signifie pas que l'autre doive toujours être considéré comme un concurrent à détruire. Si cette conception de l'autre comme adversaire a été hier, utile (c'est le plus fort qui s'en sort), il n'est plus nécessaire de la conserver aujourd'hui. Pour ma part, cette manière de penser ne permet pas de libérer des forces utiles à la communauté. Cela entraîne plutôt des frustrations, car la porte est fermée à un plus grand nombre de personnes, ce qui crée bien évidemment des tensions et gaspille des énergies. Nous ne sommes pas condamnés à rester un loup pour les autres.
Avec les réseaux, les filières, une autre réalité se découvre : la force des actions individuelles connectées, la synergie du travail fait ensemble. Ces conceptions qui articulent individuel et collectif donnent plus d'efficacité pour chacun. La meilleure solution est de