restant dans le champ des métaphores animales, Songhaï aime les araignées. Elles sont souvent utiles en agriculture biologique. Mais l'araignée que préfère Songhaï, c'est celle du « web ». La nouvelle technologie de l'information et de la communication constitue un véritable outil et champ pour Songhaï en ce qui concerne le réseautage et l'organisation. L'élément vital ici est l'information. La richesse créée dans une communauté est fonction de la quantité et de la qualité d'informations qui circulent dans cette communauté et qui la mettent en relation avec le monde entier.
Songhaï a beaucoup investi dans les nouvelles technologies de l'information et de la communication. Les télécentres de Songhaï sont les lieux privilégiés pour développer ces initiatives. Dans ces télécentres , en particulier à Ouando, on trouve des téléphones, des fax, des photocopieurs mais aussi des ordinateurs avec leurs périphériques : scanners, imprimantes, modems, graveurs de CD? Des formateurs sont disponibles pour enseigner, pour aider les utilisateurs. On peut ainsi saisir des textes sur disquettes, envoyer des courriers électroniques ou en recevoir, surfer pour rechercher des informations, le tout pour un tarif bas. Songhaï a ainsi lancé le concept des cybercafé ruraux.
On a pu sourire quand l'initiative des télécentres est devenue une réalité. Un pays sous-développé n'a pas besoin de cela disaient les experts et les caciques du développement. Or derrière cette technologie il y a une autre conception de la société. Aux USA et en Europe on parle de la « nouvelle économie » pour signifier l'impact de l'informatique dans la vie économique. A Songhaï, on parle de « communautés ingénieuses ».
A travers les nouvelles technologies de l'information, l'Afrique rend le monde plus proche d'elle. Elle capture ainsi des potentialités pour se former, pour se positionner, pour se défendre. Elle n'est plus un continent dépendant de la bonne volonté des autres pour développer sa propre stratégie d'information pour savoir ce qui se passe. L'Afrique devient un partenaire et n'est plus un enfant qu'on peut manipuler et contrôler.
Les Africains qui commencent à se familiariser - et ce, grâce aux organisations comme Songhaï - ne sont pas seulement des urbains ou des enfants des classes supérieures en quête de jeux de massacre électroniques- élargissent leur vision, deviennent maîtres de leur information. Ils choisissent ce dont ils ont besoin, deviennent sélectifs et critiques. C'est cela la base et la vision politique des « communautés ingénieuses ».
Les télécentres ouvrent aussi des opportunités d'affaires, des connaissances quant à des marchés potentiels et aux transactions internationales. Cela permet d'optimiser les choix de productions mais aussi de développer des exportations, modestes certes mais qui complètent les revenus acquis sur les marchés nationaux.. La dimension commerciale est renforcée par la synergie avec les outils de communication.
En connectant tous les membres du mouvement Songhaï, les centres et le réseau, la communauté de Songhaï peut se renforcer. Les idées des uns et des autres peuvent être échangées tout comme les productions. Songhaï devient ainsi une communauté ingénieuse où les idées se capitalisent au bénéfice de tous les membres de la communauté. Songhaï peut aussi se mettre en lien avec d'autres communautés à travers le monde. La force du réseau se renforce encore.
Ainsi à travers les télécentres, c'est une nouvelle conception de la vie qui se développe. Des forces nouvelles surgissent. C'est non seulement à cause des « microbes » en eux-mêmes que Songhaï peut aujourd'hui poser la question de la politique et du rôle de l'Etat, mais c'est parce que ces « microbes » sont en réseaux dans « la toile d'araignée » et que cela multiplie leurs forces.
La toile d'araignée qui organise les fermiers, les centres, les organisations amies, la communauté internationale?en réseau donne une force insoupçonnée face à l'immobilisation dans les structures étatiques et bureaucratiques. C'est grâce à elle que se construit en fait un véritable mouvement social de citoyens capables d'influencer favorablement l'entreprenariat du Bénin et d'ailleurs.
A partir de l'expérience accumulée dans le Réseau, Songhaï, qui n'a pas seulement pour objectif d'augmenter le nombre de ses adhérents peut devenir une force de proposition face aux structures d'aujourd'hui tant dans le secteur du crédit, des infrastructures de commercialisation que dans le domaine de la fiscalité ou du soutien à l'innovation.
Aller en rang dispersé ou faire cavalier seul ne contribuent pas à faire entendre le mouvement paysan ou la société civile. En intensifiant les relations avec les institutions publiques d'encadrement de l'agriculture, les fermiers issus des autres centres de formation et les organisations paysannes, notre Réseau peut former avec eux un véritable pouvoir pour influencer la politique agricole (fixation des prix, approvisionnement en intrants, développement des filières).
Le Réseau doit aussi, en lien avec d'autres, se préoccuper du contexte international qui influence l'économie africaine et des impacts de la mondialisation qui se caractérisent par des changements rapides sur le plan agricole (privatisations, libéralisation, nouvelles filières, facilités d'exportation?). Avec les outils modernes de communication, il peut suivre et s'adapter aux évolutions de la société moderne mondialisée tout en contribuant à faire évoluer celle-ci à partir de son expérience.
Les télécentres apparaissent donc comme des pistes de décollage et d'atterrissage pour la dynamique Songhaï. Ils ouvrent au monde entier et font partager la vision Songhaï ; ils sont ainsi de bons instruments politiques (au sens large) qui permettent d'agir au niveau macro et d'être acteur dans un monde complexe.