de plus en plus fortement. On ignore souvent la force du « réseautage » dans l'organisation économique et sociale, or celle-ci est de plus en plus grande dans la « net-économie ». Ainsi s'effectue pour une part le passage du micro au macro, de l'expérimental au changement plus global. C'est le succès du micro qui assure le passage au macro. Mais il faut que le succès soit connu et que les gens puissent s'approprier les moyens humains d'abord pour y parvenir. La formation à Songhaï commence par les sites d'excellence et ensuite aide les gens à se mobiliser autour des sites.


La formation, même pour ceux et celles qui ne vont pas jusqu'au bout, est un puissant médium pour l'expansion du microbe. Les jeunes formés ont acquis des manières de penser et de pratiquer l'agriculture, qui leur donnent des compétences nouvelles, qui les font devenir différents de leurs aînés. La formation visée par Songhaï étant l'émergence de leaders, les jeunes sauront contaminer leurs milieux par l'exemple de leur réussite. L'impact de Songhaï est donc bien au-delà des centres et du réseau. Certes cela reste modeste par rapport aux immenses besoins du continent africain et très insuffisant mais il y a, à travers Songhaï, plus qu'un léger frémissement quant à la conviction que les choses doivent et peuvent changer.


Des institutions - ONG, diocèses, congrégations religieuses?- ayant envoyées certains de leurs membres se former à Songhaï sont, elles aussi des relais qui contribuent à agir dans un cadre plus macro, plus global. La reconnaissance de Songhaï par les autorités politiques béninoises, par certains hauts fonctionnaires nigérians, par des représentants d'institutions internationales (PNUD, UNHCR, ADF, USAID, la Coopération française?) contribuent là aussi à l'effet de démultiplication de Songhaï, renforçant l'épidémie de vie que vise Songhaï. La coopération ou partenariat avec ces institutions est pour nous une possibilité d'accéder aux moyens de nos actions. On digère leur force pour créer les possibilités de développement.


L'image d'un petit jockey qui monte un cheval puissant décrit bien cette situation. Songhaï est un petit jockey qui canalise un cheval beaucoup plus fort que lui, qui sait tirer parti des forces (les institutions internationales, les grands de ce monde?). Une seconde image - un grand fleuve comme le Niger, fort, majestueux, se valorise quand des forces moins importantes l'utilisent pour irriguer, arroser, etc., pour faire pousser les cultures. Il est nécessaire de développer une synergie entre les grands moyens d'une part - les grandes possibilités, les grandes organisations, les structures étatiques et les acteurs de proximité qui rassemblent et exploitent ses possibilités pour créer la richesse qu'elle soit sociale ou économique.


Depuis le début de la création de Songhaï, il m'a paru important de « contaminer » les structures politiques. En Afrique, la vie politique est souvent un cadre vide où des personnalités se disputent le droit de freiner les autres. La vie politicienne est souvent vue comme un système qui permet d'imposer des contraintes aux autres pour profiter au maximum des opportunités de s'enrichir rapidement.


Même si l'Etat est vu par la majorité comme un système malsain de contraintes, il est important aussi de savoir reconnaître son côté positif. Il est la structure qui donne une certaine cohérence à la société et dont on ne peut se passer pour avancer ensemble, en réduisant la violence le plus possible.


A Songhaï, on recherche les forces positives dans les structures étatiques -des institutions comme des personnalités particulières- et on les invite à une autre manière de vivre et de concevoir la vie de la cité.


Les micro-initiatives viendront toujours se cogner à cette réalité de la politique qui bloque les initiatives ; il faut donc apprendre l'art du dialogue, du contournement et de l'intégration. Songhaï a toujours cherché à garder son indépendance, mais en montrant aux politiques qu'il était capable de gérer ce qu'on lui offrait comme espace de liberté et d'initiative. Au fond, beaucoup de politiques recherchent également une pertinence et une crédibilité ; Songhaï leur offre cette piste, ils ont avantage à ne pas paraître opposants et à ne pas freiner. Le gouvernement béninois montre actuellement un leadership en préparant un décret qui définit un cadre de collaboration entre l'Etat et la Société civile. Les contacts entre Songhaï et plusieurs états du Nigéria vont dans ce sens.


Il y a aura toujours des tentatives de récupérer Songhaï politiquement par certains. Cela n'a aucune importance véritable tant qu'il n'y a pas d'interférence directe sur le fonctionnement des centres et du Réseau. La dimension internationale, la force de la philosophie et la conviction des membres du réseau sont suffisamment grandes pour que personne ne cherche à intervenir dans la vie quotidienne du mouvement. Restons cependant vigilant par rapport à ceux qui voudraient se risquer à tenter cette aventure de l'entrisme au niveau des formateurs par exemple. Songhaï souhaite créer un cadre, une arène où tout le monde y compris les politiciens peuvent apprendre à gérer les biens communs, à développer de nouvelles possibilités et non se laisser manger par les puissants de ce monde, qui ne sont cependant puissants qu'un moment très court.


J'ai accepté récemment de participer à la Commission Indépendante des Nations Unies pour l'Afrique. J'y travaille principalement dans le secteur des communications et des nouvelles technologies. Cette participation s'apparente pour moi à cette inoculation du virus de vie : ce cadre permet de diffuser des informations sur la vision Songhaï, de toucher des décideurs et à les faire adhérer à la vie plutôt que de continuer sur les chemins qui amènent nulle part. Cette commission n'est pas un lieu directement efficace mais cela participe au passage vers une action plus globale, plus politique. Songhaï ne se ferme pas sur lui-même mais ouvre des perspectives à d'autres, il engendre et c'est ce qui le maintient dans la fertilité sociale.


La toile d'araignée


En