Ainsi, en développant des créneaux dérivés, on augmente les chances de rentabilité de l'entreprise agricole en élargissant son marché et sa marge de profit. Cette dynamique s'appuie aussi, comme tout ce qui se recherche à Songhaï, sur les synergies et les complémentarités découvertes au cours des processus d'innovation et sur la dynamique du Réseau des fermiers de Songhaï.
Cette stratégie d'essaimage partiel ou de valorisation des compétences internes par création d'unités nouvelles voudrait servir de proposition pour le développement en Afrique. L'agriculture peut être le point de départ de très nombreuses activités industrielles ou tertiaires qui à leur tour auront des impacts dynamisant pour les productions agricoles. Songhaï agit un peu comme un incubateur d'entreprises : un lieu où peuvent naître des entreprises qui prennent peu à peu leur autonomie. Les incubateurs existent dans les pays riches pour l'éclosion des entreprises. Ces initiatives sont rares en Afrique ; Songhaï, dans sa logique de développement intégré, constitue un des rares incubateurs agricoles et agro-alimentaires à partir d'une matrice de formation.
Songhaï à travers ses expériences en matière de commercialisation, même les moins bien réussies, apporte sa contribution à une transformation du milieu agricole africain. La mise en place de réseaux de réflexion, au niveau africain, sur les problèmes de la commercialisation nous aidera à avancer sur ce dossier particulièrement important et encore trop peu travaillé.
Le passage au politique
Songhaï aujourd'hui est un ensemble de sites d'excellence, d'exceptions dans un monde où il faut fouiller bien longtemps avant de trouver ce qui marche. Songhaï peut apparaître comme un de ces nombreux projets de développement qu'on trouve en Afrique, certes un peu original, mais qui reste néanmoins une micro-réalisation, largement une affaire de c?ur, un germe, voire une goutte d'eau dans un océan de misère. La remarque doit être prise au sérieux : comment passer du micro au macro ?
Comment aller plus loin que le lancement d'un lieu expérimental ? C'est cela le challenge du développement aujourd'hui. Si nous ne sommes pas capables de passer des exceptions à la généralisation de ces « success stories », nos efforts, sans être vains, ne servent pas véritablement à changer les choses, or l'Afrique a besoin de manière urgente de ces changements.
La question du passage vers le « macro » est en fait la question du politique, c'est à dire, selon l'étymologie du mot, l'organisation de la vie en société. Comment Songhaï favorise-t-il une vraie mutation de la vie sociale pour toute l'Afrique ou au moins pour le Bénin.
Le microbe infectant
Le drame dans un cancer ou un cas de SIDA, c'est qu'un parasite destructeur et mortel s'empare du corps de quelqu'un en se multipliant. Cette image tragique peut se retourner : si le microbe est porteur de la vie, en se multipliant dans un organisme, il donnera la vie là où la mort voulait régner en maître incontesté.
Cette image est pertinente pour expliquer la vision globale de Songhaï. A partir d'un noyau, inoculé volontairement au Bénin, à Ouando, le « microbe Songhaï » a d'abord grossi et acquis à travers l'expérience - et la série de succès et de difficultés que nous avons racontée dans ce petit livre -, la force et la résistance. Nous avons alors commencé à « infecter » d'autres sites au Bénin : Savalou, Parakou, Lokossa, puis à l'extérieur (depuis janvier 2001, le Nigéria). Les fermiers du Réseau sont autant de nouveaux microbes qui «infectent » de vie leurs micro-régions, leurs villages, leurs familles. Il y a diffusion de la vie. Le passage au Nigeria facilitera l'expansion de cette maladie d'un type nouveau.
En se répandant, le microbe s'approprie l'énergie des sites « colonisés », les module ou les féconde ; tout s'accélère et se fortifie. Le cycle de la vie ne s'épuise pas et la résurrection peut avoir lieu. Oui, Songhaï est une fervente conviction en la victoire de la vie !
La connexion de tous les centres Songhaï et des fermiers en réseau contribue, par les forces de synergie, à renforcer la capacité du microbe de vie à se répandre de plus en plus loin et