considérable de notre production, il devient maintenant difficile d'écouler tout ce qui sort de nos centres. De plus comme Songhaï a un statut d'ONG, elle ne peut pas avoir une véritable activité commerciale, faire de la publicité? Il y a un certain blocage au développement de cette activité commerciale.


Une idée originale a été mise en ?uvre pendant la réunion annuelle du réseau en 1997 et se reproduit chaque année en janvier. Elle consiste à faire une exposition-vente, une foire, de tout ce qui se fait à Songhaï. Non seulement cette foire permet de faire connaître Songhaï et les jeunes installés dans tout le pays, mais permet aussi de vendre les produits. La première foire avait réuni 26 stands ; en 2000 plus de 200 fermiers ont pris part à cette manifestation qui présente l'ensemble des activités du réseau : de l'élevage à la pharmacopée, en passant par les machines, l'apiculture, les jus de fruits?Les ventes réalisées pendant la foire sont très bonnes et constituent un revenu appréciable pour les exposants membres du réseau qui se font aussi connaître des consommateurs.


Le Réseau essaie aussi d'être le plus possible, présent dans les foires agricoles régionales et nationales où les produits et les savoir-faire Songhaï sont présentés et vendus. Cette activité de marketing est importante non seulement au niveau financier mais aussi au niveau pédagogique : elle participe à la diffusion des idées et des technologies. Songhaï a ainsi participé au salon ivoirien où non seulement il a été primé mais où il a aussi contracté plusieurs commandes pour des machines agricoles et pour des procédés.


En 1999, nous avons demandé une mission d'assistance technique pour nous aider à définir une organisation apte à commercialiser, non seulement les produits de Ouando, mais aussi des produits en provenance des nouveaux centres de Parakou et Savalou et des fermiers du Réseau. Les propositions qui ont été faites concernent d'une part des actions pour faire connaître la qualité des produits de Songhaï, entretenir et fidéliser la clientèle, grâce à l'amélioration de la réglementation des ventes à crédit et la constitution d'un véritable fichier client et d'autre part le développement de nouveaux circuits et de stratégies plus volontaristes ainsi qu'un plan de formation.


Les idées que nous avons retenues consistent à mettre en place des équipes de ventes où chaque membre est indépendant et responsable économiquement. Chaque vendeur est lié à Songhaï par un contrat et peut être aidé par un micro-crédit. Le Réseau pourrait aussi faire des campagnes de promotion à partir de la qualité de ses produits ?

Ce dossier est un grand chantier en cours. Songhaï doit faire preuve d'imagination en ce domaine dans les mois qui viennent.


Les produits dérivés


Dès les premières années de Songhaï l'idée de transformer les produits avait germé. Pour augmenter la plus value, il ne fallait pas vendre ce qui était cultivé ou élevé sans quelques transformations : celles-ci pouvaient être extrêmement simples comme plumer des volailles ou plus complexes comme préparer un plat cuisiné !


L'activité de restauration qui a commencé en 1993 avec un modeste « maquis » (petit restaurant) entre dans cette stratégie qui augmente la productivité globale, créée de l'emploi et valorise de nouveaux savoir-faire. Toute l'activité boucherie-charcuterie et celle des jus et confitures s'intègrent à la même logique : celle de la création de nouvelles marges de plus value grâce à la transformation agro-alimentaire.


Aujourd'hui le restaurant fonctionne à plein avec soixante places ; il réalise aussi des services traiteur pour des cocktails, des séminaires, des mariages. Il vend des plats cuisinés (porcelet farci par exemple) et est devenu un haut lieu de la gastronomie béninoise pour le porc grillé, plat très recherché et abordable par tous. Ce département d'accueil / restauration, assure aussi l'hébergement de séminaires et colloques en gérant des chambres construites sur le site de Ouando.


L'innovation est l'une des clés du développement. En 1998, la peste porcine a fait grand ravage au Bénin et presque tous les cheptels ont été abattus. Cet élevage à Songhaï, grâce aux prédispositions sanitaires montées à cette époque, a échappé à cette crise ; mais cependant il y avait interdiction de vente. Une fois cette période traversée, l'élevage des porcs qui constitue une production rentable a repris de manière intense et donc plus rapidement, chez nous et chez la plupart des fermiers. La reprise de cette activité à haute intensité a eu comme conséquence directe la mévente sur le marché car la consommation n'a pas encore bien repris chez les gens. Que faire face à cette situation ? Où trouver de débouchés ?

L'idée de transformer autrement le porc pour la consommation, en dehors de la charcuterie, vit ainsi le jour à Songhaï. Au Bénin, la viande de porc est fortement consommée surtout dans la région sud du pays, et nous savons que le porc grillé est très apprécié dans cette région. Il y avait bien de petits postes de viande grillée ça et là, mais pas très bien organisé. Nous avons alors pensé à améliorer cette pratique, à la développer pour l'introduire vraiment sur le marché béninois. Nous avons commencé par sonder le terrain, voir comment les autres grillent le porc et à partir de là, nous l'avons beaucoup amélioré. Avec quelques aménagements et un peu plus d'hygiène, cette activité de grillage de porc qui a commencé petit à petit, draine aujourd'hui à Songhaï un monde fou, de toutes catégories sociales confondues, qui vient se restaurer à un coût abordable.

C'est un exemple qui montre que chaque fois qu'il y a un problème, il suffit d'un peu d'imagination pour trouver la solution. Aujourd'hui, griller le porc permet d'épuiser le stock en âge d'abattage, même des fermiers ; et la demande reste insatisfaite. Cela fait développer davantage la filière porcine.