L'importance du partenariat ne se mesure pas à la grandeur de la contribution financière de chaque partenaire mais à l'engagement de chacun et à sa volonté de partager les mêmes projets et donc les mêmes risques. Entrer en partenariat exige un respect réciproque des règles et des principes et aucune volonté de domination sur l'autre. C'est pourquoi Songhaï a élaboré une charte (elle figure en annexe de cet ouvrage) qu'il propose à ses partenaires avant d'aller plus loin dans des collaborations.
Chaque partenaire a un devoir de bonne gestion des relations et la responsabilité de faire preuve d'un minimum de transparence vis à vis de son prochain qu'il doit respecter même si c'est un « petit ».
Le vrai partenariat où chaque membre se respecte est très rare et beaucoup de bailleurs de fonds ont la fâcheuse habitude de se croire supérieur, tout permis? Heureusement sur notre route nous avons aussi rencontré beaucoup d'organismes et des amis qui sont devenus de vrais partenaires, et qui nous ont vraiment aidés.
Il y a d'abord eu, au démarrage du projet, les réseaux d'amis américains et des frères et s?urs de l'Ordre dominicain. Les s?urs ont été très loin dans leur fidélité et dans leur solidarité. Outre ces réseaux d'amitié, il y a eu des coopérations qui sont devenues porteuses non seulement de partenariat mais aussi des soutiens amicaux et fraternels, en particulier les coopérations avec des vrais professionnels venant du monde entier : formateurs, charcutiers, mécaniciens, journalistes, électriciens? Dans le même sens, des groupes d'amitié solidaire se sont constitués : Songhaï France, le groupe de parrainage des jeunes fermiers, une paroisse d'l'Oise en France?Ces réseaux reposent en fait sur des connivences profondes, autant personnelles que philosophiques ou morales. Le partenariat est facile avec ces groupes mais il est important cependant de veiller à les tenir informés, à les visiter et à les recevoir. La qualité de l'hospitalité réciproque est le c?ur même de la coopération entre partenaires.
Les coopérations plus institutionnelles avec des ONG ou des institutions para-gouvernementales sont plus délicates et les bases du partenariat sont à expliciter clairement. Des conflits profonds peuvent avoir lieu même si les associations qui veulent aider sont pleines de bonne volonté ; leur manque d'écoute des réalités ou leurs convictions idéologiques peuvent être des obstacles à une relation franche. Dans ce cas là, il vaut mieux ne pas collaborer et Songhaï a eu, là encore, à renvoyer de l'argent ou à refuser l'aide de certaines ONG occidentales. Elles ont eu là le choc de leur vie car elles n'avaient jamais vu une telle attitude, habituées à toujours être écoutées et suivies à cause de leurs dons.
Songhaï a bénéficié de l'aide financière de grands organismes reliés aux gouvernements (USA, Danemark?) ou de l'Union européenne ou d'autres organisations internationales (PNUD, UNHCR?). Il est nécessaire, là aussi, d'être très vigilants quant au partenariat qui peut se construire, pour garder sa liberté car s'agissant de grands financeurs ils tendent à imposer leurs méthodes et leurs conceptions du développement.
Ce partenariat avec les grands organismes, plus encore qu'avec les autres ONG, se construit à partir de la crédibilité. Dans ce sens, nous essayons d'inscrire des protocoles d'accord avec nos partenaires à partir d'un contrat de productivité - par exemple pour les nouveaux centres de Savalou et Parakou, en partenariat avec USAID, nous devons atteindre après trois ans 50% d'autofinancement des activités -. C'est cela qui nous rend crédibles. La crédibilité se fonde aussi sur la capacité à être clair au niveau financier, sur la capacité à communiquer régulièrement avec les bailleurs de fonds, à faire connaître les actions en cours, à faire de nombreux rapports de suivi et d'évaluation. Ce type de coopération peut apparaître contraignant mais cela peut créer un climat de confiance élargissant alors le spectre des échanges.
Il importe aussi de veiller à diversifier ses partenaires pour qu'aucun ne puisse dominer, tant pour préserver l'indépendance au niveau du projet que pour éviter des conflits idéologiques : les opinions publiques auraient tôt fait de vous identifier avec tel ou tel pays étranger à cause de l'aide reçue.
Il faut aussi être très vigilant aux mécanismes de jalousie que cela peut induire chez les responsables d'autres ONG et dans les diverses coteries du monde du développement. Il est nécessaire d'être particulièrement attentif aux susceptibilités des cadres intermédiaires locaux qui voulant montrer leur importance et leur « compétence » tendent à être négatifs sur les projets dont ils n'ont pas eux-mêmes le contrôle, qui ne sont pas conformes à leurs a priori en matière de développement et surtout qui leur donneraient un surcroît de travail.
La gestion des partenaires internationaux est « un sport » difficile, plein de chausse-trappes qui peuvent emporter votre âme. Cela demande une extrême vigilance qui bien souvent vient diminuer l'énergie qui devait être employée dans les actions de terrain. C'est la conviction personnelle et une claire vision de ce qu'on est et de ce qu'on doit faire qui aideront à naviguer dans cet océan d'intérêts mélangés.
Le financement des entreprises agricoles
Il est facile de constater dans la plupart des pays africains, l'échec du crédit agricole, dont les fonds sont souvent détournés pour d'autres finalités. La crise de ce système de crédit n'est cependant pas uniquement imputable à cela : elle s'origine plus profondément dans le statut du financement à l'intérieur de l'économie paysanne en Afrique.
Le crédit n'a de sens que dans la logique de l'entreprise où