des projets verticaux (apports spécifiques) pouvant être utilisés dans des projets horizontaux plus globaux, prenant en compte l'ensemble des problèmes de la base, des citoyens. Dans un tel contexte leurs actions sont assimilables, sinon cela distrait pour rien et ne sert à rien.


Par exemple dans notre atelier mécanique à Songhaï, on développe des outils pour la transformation du gari ou de l'huile rouge, les pompes à eau, le matériel de jardinage, les séchoirs solaires ? dans la recherche d'efficacité de l'outillage, on souhaite reculer les contraintes. On peut facilement faire appel, dans ce contexte, à un expert / coopérant pour un apport spécifique. Ce dernier a d'abord l'obligation de comprendre cet élan, cette dynamique et le besoin précis. Il peut alors apporter ses capacités techniques, morales, organisationnelles?Il peut propulser ainsi une amélioration technique et amener l'atelier à un autre niveau par l'introduction de nouvelles techniques ou formes d'organisation.


Ces experts / coopérants peuvent aussi jouer un rôle d'articulation, d'éveil, et amener les gens, à découvrir leur façon d'être, en étant avec eux : voir et faire voir, faire émerger les richesses de la communauté et apporter des éléments nouveaux qui peuvent être digérés par la communauté. Un exemple intéressant est celui de Solidarité Songhaï, une Association bretonne, et concerne l'activité « valorisation de la viande » à Songhaï. Suite à une évaluation faite par l'équipe, il apparaissait que Songhaï ne gérait pas bien la découpe de la viande produite à partir des différents élevages. Par un réseau d'amis, un charcutier-traiteur breton a accepté de venir pour un premier voyage. Il enseigna l'art d'une découpe plus rationnelle pour éviter des gaspillages et des pertes ; à son retour en Bretagne il fonda avec d'autres une association pour mobiliser des aides susceptibles de résoudre les problèmes qu'il avait identifiés avec l'équipe responsable de ce secteur. Il revint avec du matériel pour réorganiser l'abattoir et pour enseigner des techniques de valorisation nouvelles afin de valoriser toutes les parties des animaux : cochons, lapins, dindons? C'est ainsi que Songhaï est devenu un producteur de boudins, de pâtés, de jambons?réputés même au-delà du Bénin.


D'autres coopérations se font dans ce même esprit d'intégration à des projets globaux et de partenariat respectueux : avec une association d'électriciens, avec des centres de formation, avec des mécaniciens, des techniciens de production de biogaz, de récupération de matériels en Europe et aux USA?


L'Afrique a des potentiels tant au niveau du capital environnemental qu'à celui du capital humain. Il lui faut une stratégie pour articuler ces différentes formes de capitaux et perdre ses complexes en allant voir ce qui se fait de mieux de par le monde pour pouvoir l'utiliser. Cette approche se veut offensive ; l'Afrique n'a pas à s'auto-flageller en se croyant incapable de participer à l'innovation technologique et de donner au monde entier une contribution pour la « montée humaine », le vrai développement. Elle peut être un partenaire crédible dans le jeu mondial si elle retrouve confiance en elle et se donne la discipline d'être innovatrice. Savoir ce que les autres font et comment ils arrivent à se mobiliser peut susciter l'envie et la capacité d'innover.





Crédit et financement




Les conceptions internationales en matière de développement font reposer sur les  financements externes le décollage économique. Avec l'aide internationale, des capitaux seront injectés dans le circuit économique et en prenant en compte le multiplicateur d'investissement tel que l'a décrit l'économiste anglais Keynes, une dynamisation va se produire conduisant au développement. Ce type d'analyse très fréquent même dans certaines ONG pleines de bonne volonté est une erreur. Le développement est un mécanisme bien plus complexe qui ne repose pas d'abord sur le capital exogène ni d'abord sur l'aide ; il est donc nécessaire de changer de conceptions et pas seulement faire quelques corrections aux mécanismes traditionnels de financement de projets.


Face à une Afrique qui ne décolle pas, mal développée et pauvre, le financement traditionnel des projets n'a fait qu'accroître le problème au lieu de le résoudre. Loin de considérer les causes profondes de l'échec, on ne traite que des symptômes.


Les actions entreprises dans les multiples projets dits de développement qui couvrent l'Afrique ont été coûteuses, incomplètes, souvent contradictoires et finalement inefficaces, aboutissant aujourd'hui à la crise d'un système social incapable de générer lui-même les forces sociales nécessaires à son maintien et à sa survie.


Les institutions financières de développement (les banques internationales de développement, les agences de coopération) sont aujourd'hui elles-mêmes en crise. L'injection de capitaux, la non-viabilité et la non-durabilité des projets, l'assistance technique, les soutiens extérieurs ont ainsi créé une mentalité d'assistés au point où les gens ne croient plus en eux-mêmes. Ces institutions sont découragées, mais elles n'ont pas assez de courage pour se remettre radicalement en cause ; de plus, comme elles sont souvent au service des gouvernements, elles ne sont pas incitées à changer.


Cette situation morose a engendré à son tour une autre crise grave : la récession de la solidarité au Nord. Les opinions publiques du Nord ne croient plus vraiment en la valeur des actions de solidarité : elles sont déçues par l'inefficacité, par la corruption, par les échecs ; il faut des campagnes de mobilisation de plus en plus coûteuses (sauf pour des causes humanitaires particulièrement dramatiques comme les famines, les guerres?) pour collecter des