d'aider à une appropriation qui soit à son tour source d'aménagements, d'adaptations. On est dans une dynamique permanente, facilitée par les méthodes pédagogiques utilisées à Songhaï mais plus difficile à induire dans des régions où les agriculteurs ne sont pas formés ou ont été formés de manière passive pour appliquer strictement ce que disent - imposent - les encadreurs qui eux-mêmes sont encadrés par l'Etat.


Fidèle à son ouverture technologique Songhaï associe, pour la vulgarisation, les différents moyens disponibles : champs d'expérimentation, visites d'expériences, séminaires de formation continue, plaquettes techniques (sur le biogaz, le jardinage, la pharmacopée vétérinaire, la production par espèce?) mais aussi vidéo ( sur la pisciculture, les volailles?), base de données informatisées, consultations électroniques?Grâce aux télécentres, un nouveau savoir répandu dans le monde devient accessible à chacun mais Songhaï contribue aussi à cette communauté de savoir en diffusant les résultats de ses recherches et travaux.


La coopération technique


La réflexion sur la technologie invite à reposer la question de la coopération internationale pour le développement. Songhaï a fait appel depuis sa fondation à des coopérants techniques, voulant par-là utiliser des compétences nouvelles, mais en fidélité avec la philosophie du greffage que nous avons présentée dans les pages précédentes. Nous avons expérimenté dans ce domaine de nombreux échecs qui nous ont beaucoup appris ; nous pourrions publier un petit livre à l'usage des ONG africaines sur « comment utiliser votre expert international » !


Parmi les difficultés, il y a celles qui tiennent aux caractères et aux problèmes personnels des coopérants. Un projet de développement rural a d'autres objectifs que de gérer les difficultés d'argent, de sexualité ou de personnalité des « experts ». D'autres difficultés viennent du manque d'expérience : les jeunes experts se forment en fait sur le dos des projets, transformant les populations au service desquelles ils sont censés être en cobayes pour leurs initiatives malheureuses ou irresponsables. Il faut dire aussi que le fait de rester en général deux ans, est également un facteur de blocage, car les jeunes de bonne volonté veulent laisser quelque chose, une trace de leurs actions et il est plus facile d'imposer son idée pour qu'il y ait action rapide que de discuter, chercher à comprendre les contours avant de se lancer.


Un facteur plus grave tient au manque d'humilité de l'expert, le « Monsieur je sais tout ». Un exemple parmi une série d'aventures malheureuses arrivées à Songhaï permet de comprendre. Un mécanicien européen n'a pas supporté la façon de travailler des mécaniciens d'ici au niveau de la sécurité, de la propreté et de l'outil de travail. Il a exigé dès le début, une série d'outils et d'aménagements pour rendre l'atelier aussi sophistiqué que dans son pays. Vu le coût, Songhaï a fait ce qu'il a pu, mais n'a pas pu tout aménager selon sa demande. Cela entraîna un refus de travailler, une crise? puis le départ de l'expert, car aucun dialogue n'a pu se construire. Ce spécialiste européen a été incapable de voir la spécificité du contexte économique et environnemental dans lequel il intervenait, spécificité qui ne permettait pas répéter sa propre expérience de façon identique.


« Monsieur je sais tout » ne se soucie pas d'apprendre auprès des autres ; il reproduit ce qu'il connaît et violente la réalité pour l'adapter à sa compétence. Il croit ainsi éviter le malaise qui pourrait naître si l'expert supérieur rencontrait un autochtone ayant une idée sur ce qu'il faut faire, une solution à un problème. Son action n'aura aucun impact positif à long terme, c'est un gaspillage. Un expert ne sera efficace que s'il accepte de dialoguer et de chercher, à partir de la réalité contextuelle, les moyens d'avancer vers un mieux.


Le système de livraison du développement est lourd et perd de sa valeur, perd sa vitesse malgré l'énergie, la bonne volonté. J'ai vu beaucoup de volontaires, jeunes ingénieurs, coopérants avec un grand c?ur et des compétences, mais ils sont souvent vite emportés par cette vague d'inefficacité. C'est cela le vrai détournement du développement. Au début tout est inconscient?puis cela devient une manière de vivre ; on devient comme des fonctionnaires du développement.


Mais il y a aussi, et je tiens à le souligner, des volontaires / coopérants qui ont répondu tout à fait à nos attentes, et ils sont plusieurs, venant de différents organismes, français ou américain. Ceux-là ont compris dès leur arrivée, qu'il y avait une force, une énergie non différenciée à Songhaï qui commençait à bouger?et qu'il s'agissait de donner une forme à cette énergie dans un contexte difficile de démission. Ils ont senti que Songhaï cherchait une voie, cherchait à améliorer, à casser ce qui ne marchait plus, et ils ont choisi d'adhérer à ce mouvement. Ils ont senti les c?urs qui refusent de mourir malgré les contraintes ; ils ont senti cette âme attentive et non palpable qui fait la force de Songhaï depuis ses débuts?Ainsi, ils ont refusé de domestiquer cette force à l'occidental et ils se sont laissés « embarquer » dans le mouvement, laissant de côté leurs certitudes et s'ouvrant intelligemment à l'autre pour mieux l'accompagner. Ils ont aimé ceux qu'ils côtoyaient et ont cherché ensemble des solutions pour un avenir meilleur, commun. De ce fait, ils ont évité de donner du prêt à porter comme tous ceux qui restent trop extérieur aux problèmes.


Ainsi, malgré tous les problèmes rencontrés avec l'intervention des volontaires et des experts à Songhaï, nous continuons de faire appel à des coopérants grâce aux coopérations positives que nous avons connues. La nécessité devient de plus en plus pressante pour les Africains de chercher partout les informations, les techniques et de faire une absorption sélective pour réussir. La relation avec des experts étrangers est une manière de réaliser cet objectif tant qu'il n'y a pas de compétences sur place. Mais la grande question est comment voir, ce qui est plus important, gérer ou canaliser ces compétences.


L'action des coopérants et experts est à considérer comme