(qui est disponible à travers le monde comme l'informatique ou la biologie, etc?) pour résoudre nos problèmes particuliers. C'est ainsi que l'Afrique pourra participer aux marchés mondiaux et à la mondialisation pour en tirer des avantages et arrêter de se lamenter sur son sort.
Nous pratiquons donc de manière réfléchie le métissage technologique, l'hybridation. Ouverts à tout ce qui est propice à l'augmentation de la production aux moindres coûts (économiques, sociaux et environnementaux) - c'est-à-dire valorisant les ressources locales et en particulier les résidus -, nous importons et intégrons les outils à notre contexte.
La prise en compte des ressources locales et de la particularité des lieux où le développement est recherché, nous a toujours conduits dès le début de Songhaï, a être particulièrement attentifs au respect des cycles naturels. Cela se traduit par la mise en place d'une agriculture intégrée qui valorise au maximum les synergies. Cette approche intègre l'entropie (la dégradation) comme un élément de création : le résultat des dégradations devient un intrant dans le processus de re-création. La gestion des ressources naturelles se fait sur la base du recyclage et de la régénération permanente. Nous pratiquons ainsi une boucle de retour de la matière dans le circuit productif ce qui conduit à ralentir le rythme d'exploitation des ressources et donc l'usure du sol et de la fertilité en général.
La pisciculture est un des domaines où Songhaï a particulièrement bien réussi et est reconnu. Les étangs et bassins des différents sites produisent avec abondance et à bas prix des tilapias, des carpes, des poissons chats comme clarias et hétérobroncus? mais ce qui est le plus important dans un système piscicole, c'est la nourriture des poissons, la valeurs génétique des poissons et la qualité de l'eau. Pour cela, nous transformons le lisier de porc et la fiente de poulet en larves de mouches et d'asticots qui sont un régale pour les poissons. Nous utilisons aussi les déchets des différentes activités de Songhaï qui, liés avec de l'amidon de manioc, permettent de fabriquer d'excellentes boulettes pour la provende piscicole. Les termites et vers de terre que nous élevons aussi sont de très bonnes nourritures pour les poissons. Ces aliments ne dégradent pas l'eau et sont consommés par les poissons.
Les vers de terre cultivés à Songhaï - en langage savant on parle de vermiculture - servent non seulement à l'alimentation des poissons mais aussi des canards et surtout à la fertilisation naturelle de la terre qui profite à la production de légumes, dont les déchets peuvent nourrir les porcs ou d'autres animaux.
L'intégration de la culture de riz, de la plante aquatique azolla et des tilapias est un autre bon exemple de l'approche Songhaï. En associant l'azolla au riz, on améliore la fertilité de la rizière grâce à la bactérie anabena ; l'azolla sert à l'alimentation des poissons qui complètent celle-ci en mangeant des parasites du riz. En plus, lors de la récolte on ramasse à la fois le riz et les poissons.
La jacinthe d'eau considérée comme un fléau en Afrique peut être une ressource naturelle : elle permet, par sa capacité de produire une abondante biomasse tout en épurant l'eau, une forte production de biogaz fournissant une énergie à faible coût facilement adaptable au milieu villageois et un engrais organique à partir des effluents de très bonne qualité pour la fertilisation des terres.
Mais à côté de ces cultures qui paraîtront « exotiques » ou marginales à un expert agronome européen ou américain, avec la même passion et persévérance, Songhaï a recours de manière très intensive à l'informatique pour la gestion des exploitations, pour le suivi des productions, pour la statistique, pour tirer partie des observations? mais aussi, via Internet, pour se former, pour suivre l'actualité de la recherche internationale, pour dialoguer avec les spécialistes mondiaux de certains problèmes?La qualité et la quantité de la richesse produite sont fonction de la qualité et de la quantité de l'information mises à disposition.
Songhaï produit aussi du riz, du soja, des volailles, des ovins et des caprins mais encore des machines, des conserves... Techniques classiques, traditionnelles, ultra-modernes se mêlent pour obtenir la meilleure production compte tenu des contraintes locales. Songhaï utilise un « bouquet technologique » dont la finalité est la valorisation - non la destruction - des énergies naturelles au service des populations.
La recherche permanente vise à faire reculer peu à peu les contraintes qui bloquent la productivité - entendue toujours de manière holistique - à partir des réalités de terrain. Elle est aussi prospective pour anticiper certains problèmes, mais son drame c'est lorsqu'elle fonctionne au seul service de la promotion du chercheur. Ainsi à Songhaï un expert vétérinaire expatrié laissait mourir tous les dindons mais s'intéressait beaucoup aux autopsies, sans rien trouver d'ailleurs, sur les causes de mortalité. Cela a duré des mois, car il faisait tout un mystère autour de cela, jusqu'à ce que des élèves fermiers et un responsable de Songhaï, prennent l'élevage en main pour enrayer en quelques jours l'épidémie.
Le problème n'est pas tout d'abord la compétence de ce vétérinaire - même si on pouvait normalement s'attendre à une solution de sa part - c'est sa stratégie : publier un article sur la maladie des dindons dans une revue pour spécialistes, lui semblait plus important que les soins à apporter. Cela lui paraissait bon pour sa carrière - du moins à court terme -, mais pas pour Songhaï. Son absence de préoccupation pour le bien commun lui a cependant été fatale pour son poste. Mais quelle histoire son départ ne nous a t-il pas causé ? C'est comme si les Africains n'ont pas le droit de désavouer les Européens ou d'exiger d'eux un travail qui répond à leurs attentes.
L'innovation
Le problème de l'innovation en Afrique est crucial. Nous avons déjà souligné la dynamique observation-innovation, la nécessité pour tous les entrepreneurs de développement de s'asseoir pour réfléchir et l'importance de la perception systémique