Cette compréhension de la vie en réseaux est nouvelle en science classique, mais elle appartient à la sagesse des temps passés, à la tradition et peut être mobilisée assez facilement. Il importe que la réflexion sur les technologies se place dans cette logique d'équilibre dynamique et de réseaux, si on veut développer de manière efficace et durable les forces productives.
Les erreurs dans les choix technologiques qui ont été commises pendant ces dernières décennies ont une grande part de responsabilité dans les difficultés que rencontre la planète aujourd'hui : déforestation, pollutions, empoisonnements? L'Afrique, elle aussi, est victime de ces erreurs et en particulier de la promotion à outrance du transfert de technologies au détriment de l'utilisation et de la valorisation des ressources locales. Ces décisions ont introduit des dépendances fortes par rapport aux autres continents possédant les savoir-faire ; elles ont aussi entraîné de très lourds coûts économiques (intrants agricoles par exemple qui grèvent la balance commerciale) et des impacts écologiques négatifs (destruction de la fertilité des sols?) .
Nous devons donc avoir le courage de revoir l'ensemble des technologiques toutes faites, pour créer à la place des projets où s'unissent les efforts des collectivités africaines locales, des scientifiques et des organismes de développement.
C'est pourquoi Songhaï utilise des technologies originales, intégrées non seulement à l'environnement naturel mais aussi culturel et économique. Cette approche renouvelle un débat sur les technologies adaptées qui était surtout proposé par les écologistes classiques américains ou européens, plus utopistes que praticiens. Il s'agit ici du « common sense » à la fois social, économique et environnemental.
Le greffage technologique
Le principe expérimenté depuis 15 ans maintenant à Songhaï est que les technologies doivent être préalablement définies par « des personnes spécifiques vivant en des lieux spécifiques selon leurs besoins spécifiques ». Ce principe ne nous dicte pas de refermer nos fenêtres culturelles et techniques. Il est indispensable au contraire que les Africains puissent aller n'importe où dans le monde y recueillir des éléments de développement, et de retour chez eux, les recréer afin de résoudre leurs problèmes spécifiques.
Le débat sur le choix entre les technologies importées ou locales est une perte de temps. Ce qu'il s'agit de mettre en place résulte de ce que nous appelons à Songhaï un « greffage technologique », c'est-à-dire une combinaison technologique qui utilise tout ce qui est valable dans le monde compte tenu du cadre complexe dans lequel se déroule une activité. Si en arboriculture un greffon est une pièce rapportée utilisée pour porter des fruits pour le porte-greffe, l'Afrique est obligée de passer de l'état de greffon à celui de porte-greffe? Bien enracinée dans ses valeurs propres, l'Afrique pourra s'ouvrir vers l'extérieur et absorber à son profit, et selon ses besoins, les techniques les plus performantes d'où qu'elles viennent, d'Asie, d'Europe ou d'un pays africain voisin.
INSERER ICI LE SCHEMA INTITULE
AFRIQUE GREFFEE
Nos systèmes de production ont à reposer sur les avantages spécifiques de l'Afrique : la chaleur africaine, notre biologie, notre culture, notre héritage, notre cadre conceptuel? mais aussi sur ce qu'il y a de plus efficace