installation, ils sont des accompagnateurs, car ils les accueillent, les guident et les encouragent pour faire face aux premières difficultés de l'installation de leurs fermes. Ces fermiers-pilotes utilisent aussi leurs moyens et leur savoir-faire pour accueillir et animer les différentes rencontres de zones, véritables rendez-vous de partages d'informations, de techniques, de nouvelles variétés?
Pour les autres paysans, les fermiers-pilotes manifestent une disponibilité et une sollicitude pour des formations informelles, donnent des conseils, rendent des services grâce à leurs équipements et infrastructures. Ils les aident à s'organiser et n'hésitent guère à se déplacer vers les paysans pour s'imprégner de leurs problèmes et chercher avec eux les solutions appropriées.
Ce mécanisme de fermes-pilotes peut être sans aucun doute une approche pouvant inspirer toute politique d'accompagnement des entrepreneurs et toute politique de microfinancement. Aujourd'hui cette approche a évolué pour concrétiser le souci d'optimiser l'efficacité des financements tant pour l'exploitation bénéficiaire que pour la coordination locale d'appartenance de la ferme ciblée. En effet, le financement pour le renforcement d'une ferme pour être efficace prend en compte tous les aspects de fonctionnement de la ferme (investissement, fonctionnement, commercialisation), or il est important de ne pas perdre de vue la nécessité d'une bonne valorisation des fonds alloués. Aussi, nous nous intéressons désormais à identifier les vrais leviers (les contraintes majeures dont l'élimination entraînerait rapidement et de façon évidente le développement des activités de la ferme) pour planifier l'appui financier à donner à travers une formation pour l'ensemble des fermes de la zone ayant les mêmes contraintes. Cette formation débouche sur la formulation d'un projet qui va prendre corps sur la ferme retenue. Après la phase de concrétisation on envisage la démultiplication des acquis du projet sur un nombre donné de fermes déjà repérées par le biais de l'application de la politique de « farmer to farmer ». Ainsi, il s'agit de régler un problème identifié comme tel dans une coordination locale, à partir de formations et d'aménagements matériels à travers un espace de démonstration vers lequel, nous convoyons les autres fermes ayant les mêmes difficultés.
Le réalisme des interventions pour le renforcement des fermes des installés est le fruit des efforts de notre Comité de Crédit qui est un maillon essentiel de l'assistance technique et financière aux installés ; c'est aussi le mécanisme de l'implication de tout Songhaï dans l'animation du Réseau des entrepreneurs. Le réseau en tant que c?ur du Mouvement Songhai est pour moi un serment qui doit être vécu au quotidien par tous les membres de Songhaï.
Ainsi ce comité est un organe transversal entre les différents départements techniques et administratifs de Songhaï qui est investi essentiellement d'une tâche de suivi-évaluation des performances économiques et financières des fermes soutenues. La méthode de travail est visite de terrain à travers des tournées de plusieurs jours sur un ensemble de fermes ciblées à partir de l'analyse des rapports de suivi de l'équipe de FII (Réseau). Il ne s'agit pas seulement d'un moment d'inspection mais d'appui conseil, d'orientation, de développement de perspectives pour les fermes visitées et de réflexions prospectives sur les approches de suivi-accompagnement de Songhaï. Ce comité qui statue sur la sélection des fermes pouvant bénéficier des appuis financiers sur le réalisme des projets soumis, est composé des responsables des finances, de la production, de la formation, des relations avec les partenaires.
Ma conviction est que le développement ne peut se faire qu'à partir d'une capacité d'organisation pour généraliser les exceptions / les îlots de succès. Ainsi, par ces sites d'excellence - unités de production et de formation réparties un peu partout dans le pays, par des sites de formation mais aussi par les fermes des jeunes qui s'installent -, Songhaï est une alternative lisible par tous et non pas, comme dans la plupart des théories du développement, lisibles par les seuls intellectuels (moins de 2% de la population) ! Ce passage à l'acte à partir d'une vision sur le devenir de l'Afrique se voudrait, un peu, une preuve que le sous-développement n'est pas une fatalité.
.
Après le cycle des dernières grandes conférences des Nations Unies qui a débuté avec le sommet de la Terre à Rio en 1992 pour s'achever avec le sommet sur le climat de Kyoto, le tourbillon des liaisons dangereuses Homme-Nature se poursuit.
Depuis les origines, on a considéré la nature comme un bien gratuit et inépuisable. Pendant trop longtemps, la régénération de l'environnement était tenue pour acquise et l'utilisation des technologies simples ne permettait pas de voir les dégradations. Avec les changements technologiques et la pression démographique, le monde dans son ensemble est confronté à une tâche redoutable : créer un nouvel environnement qui soit durable pour que l'humanité dure, elle aussi.
Concevoir un nouveau paradigme définissant l'équilibre Homme-Nature, tel est le défi écologique, économique et social qui se pose actuellement. Pour cela, il est indispensable de commencer à regarder la société et la nature comme des systèmes vivants. Un système vivant est à l'image d'une toile d'araignée, c'est un ensemble de réseaux reliés entre eux où des flux d'énergie circulent et où l'alimentation de ces éléments est cyclique. Ces trois aspects caractéristiques sont présents à tous les niveaux de relation entre des systèmes vivants.