Le fait de se retrouver redonne aux fermiers la confiance d'appartenir à une même famille, à un même mouvement. La confrontation des expériences est l'occasion d'une émulation. Le fait de prendre des engagements devant tout le groupe suscite des efforts et pousse à la réussite. Chaque fermier, sachant qu'il doit rendre compte devant toute la communauté, se bat pour être le meilleur. A la rencontre annuelle, chacun se découvre, expose ses réalisations, ses difficultés et ses perspectives. A ce titre, une compétition indirecte et constructive s'engage entre les fermiers et les Coordinations Régionales. Inévitablement cela stimule tout le monde et fait avancer le mouvement.


Il n'est pas superflu de noter que les institutions du genre «  rencontre annuelle des fermiers » sont tributaires de la maturité d'une partie de leurs membres. Et notre politique pour stimuler cette maturité chez un grand nombre est axée sur notre approche de « fermes-pilotes ».


Les fermes-pilotes


Songhaï développe un processus qui part du principe qu'un « espace de succès » crée l'envie et l'acceptation, et donc provoque le changement. Il est alors nécessaire d'apporter des « coups de levier » à ceux qui ont plus de chance de réussir pour créer ces espaces. Sur le terrain ce sont les « fermiers- pilotes ». Ils sont quarante-trois aujourd'hui. Cette volonté d'impulser la création des repères est assortie d'importants efforts financiers de la part de Songhaï.


Il s'agit à travers ce concept d'aider des jeunes formés à devenir des producteurs efficaces pour que leur efficience et leur succès provoquent une émulation et aient un effet d'entraînement durable. A terme, cette démarche occasionnera un changement, un impact sur la société du fait des performances attrayantes. C'est donc un investissement à la fois coûteux et indispensable, pertinent et bien pensé.

Pour moi trois raisons fondamentales sous-tendent le soutien au démarrage des fermes-pilotes.

- Le financement des activités agricoles constitue un véritable casse-tête pour les fermiers. La plupart des systèmes de crédit en général et particulièrement le crédit agricole ne sont pas suffisamment performants pour financer efficacement les agriculteurs.

- Pour que les jeunes soient capables de s'insérer valablement dans les systèmes de crédit agricole courants, il est nécessaire qu'ils soient dotés d'une base solide d'infrastructures et d'équipements, en plus des compétences techniques dont ils disposent déjà.

Un jeune qui démarre sans fonds propres autres que le terrain, se voit dans l'obligation de se cantonner à la seule activité de production végétale (vivrière, maraîchère ou fruitière) à petite échelle, laquelle, prise isolément, aura des difficultés à générer à court et moyen terme, de la plus-value pour investir dans les activités d'élevage, de transformation des produits agricoles ou de mécanisation. Il est ainsi condamné à la subsistance.

- Il est impossible pour ces derniers de démarrer les activités en finançant les investissements à 100 % par des emprunts.


Afin d'éviter que les jeunes abandonnent l'agriculture après la formation, malgré les compétences et l'esprit entrepreneurial dont ils font preuve sur le terrain, un niveau minimal d'investissement est nécessaire comme levier stimulant au démarrage. Cela revêt une importance capitale surtout dans les pays comme le Bénin où l'acquisition d'infrastructures de production est onéreuse.


Si nous considérons comme quasi indispensable, un certain apport financier servant simplement de levier de démarrage de fermes viables, en revanche, nous sommes convaincus de l'importance d'exiger préalablement une preuve d'autonomie des jeunes avant de les soutenir et de ne pas rendre ce soutien automatique - loin de là ! En effet, un appui au démarrage, même partiel, ne se justifie pas si le jeune ne fait pas preuve d'autonomie et de persévérance pendant au moins un an après la formation, s'il n'a pas montré de réelles capacités à offrir une référence dans le milieu où il s'installe et à devenir moteur.


Je tiens à souligner que les subventions octroyées aux fermes-pilotes ne sont que des moyens pour une finalité lourde de responsabilité pour les bénéficiaires. En effet, l'objectif du soutien aux fermes-pilotes est de créer avec les jeunes formés, un espace de vulgarisation à travers la création de fermes viables, susceptibles de servir de repères en matière d'agriculture durable. C'est pour cela que le choix se porte en général sur les fermiers qui présentent des prédispositions au plan de la technique, de l'organisation, de la gestion. L'apport financier, loin de prendre l'allure d'un cadeau, confère aux bénéficiaires une "redevabilité" vis-à-vis du reste de la communauté. Il s'agit de prêts qui favorisent la création des richesses individuelles et communautaires. Nous restons convaincus que le financement des fermes-pilotes est le meilleur moyen d'assurer la démultiplication des premiers succès dans la communauté des fermiers.


Dans ce sens, les fermes-pilotes servent d'exemple dans le milieu en matière d'entreprenariat agricole. Le Mouvement Songhaï peut valablement s'appuyer sur ces fermes-pilotes qui possèdent un cadre (infrastructures et équipements simples, proximité des villageois) mieux adapté à la formation des communautés rurales, lesquelles n'ont pas la chance et les moyens de venir sur les grands sites de formation ou de bénéficier directement de l'appui de l'équipe d'animation et de suivi du Réseau. De même, les capacités de production de ces fermes-pilotes leur donnent la possibilité de tester et de multiplier des semences ou des souches pour ensuite les rendre disponibles aux autres ou améliorer leurs pratiques agricoles. Ma thèse a toujours été le changement des approches classiques de vulgarisation pour aller vers un accompagnement plus fécondant?


Ainsi, en terme d'impact à court terme, il est intéressant de noter que les jeunes fermiers qui bénéficient d'un soutien au démarrage sont aujourd'hui de véritables leaders. Tout d'abord, pour les jeunes qui sont au début de leur