C'est ainsi un nouveau cap qui est pris pour la réalisation de notre objectif de constituer une élite pour un entreprenariat agricole de type nouveau. J'attends impatiemment où une masse critique de cette élite sera atteinte?
D'ores et déjà la force de notre système de formation des fermiers, réside principalement dans la mise en place du Réseau ; il est à la fois en amont et en aval du système puisque notre politique de formation prend corps à partir des réalités, des problèmes de ce vaste réseau d'entrepreneurs et a pour finalité ce même Réseau. Je crois profondément que les populations sont prêtes mais il faut cheminer avec elles dans un élan de solidarité et de partage de risques ; c'est à mon sens le bien fondé de notre réseau.
Le Niveau II ou Réseau : c'est la formation continue et l'accompagnement à la création et gestion d'une entreprise agricole (élaboration et suivi de dossiers personnels de création d'entreprise). C'est aussi la naissance progressive d'une dynamique socio-économique du milieu rural par l'installation des fermiers et leur rayonnement sur les exploitations agricoles des autres acteurs. Cette phase aujourd'hui s'oriente beaucoup plus vers un accompagnement personnalisé pour les plus jeunes dans l'installation - une visite trimestrielle -, et vers un accompagnement de groupe pour les exploitations mieux structurées. Il s'agit d'impulser une dynamique de groupe tout en créant un environnement réduisant la vulnérabilité des exploitations agricoles déjà créées par les installés.
La constitution d'un Réseau d'installés est une base, un support organisationnel pour les aménagements économiques que Songhaï contribue à créer pour l'insertion socioprofessionnelle des élèves. Le rythme d'accompagnement pour les groupes obéit au cycle des projets catalyseurs, initiés par coordination de zones - regroupement des fermiers dans une même zone géographique -, pour accroître la capacité de production des fermes. Il s'agit d'une mise en contact de professionnels autour de centres d'intérêts spécifiques. La finalité dans ce mode d'accompagnement est de systématiser les succès des membres du Réseau en érigeant ces succès en espace de démonstration, de vulgarisation et d'inspiration pour tous. Ce faisant, le brassage d'expériences dans le Réseau sera intégral. Autrement dit, le souci est de susciter au sein du Réseau une capacité de création et d'exploitation des opportunités économiques pour dynamiser des filières agricoles optimisant les avantages comparés de chaque membre.
On voit déjà des signes d'éclosion de cette démarche. A Savalou, se sont créés tout récemment autour de la ferme école, des groupements de paysans qui ont produits près de 200 tonnes de soja en une saison, grâce à la formation, l'accompagnement, et la mise à disposition d'un cadre de production. Cela nous a alors poussé à investir dans la transformation du soja (huile, tourteau...).
Au nord du département de l'Atlantique, il s'est trouvé que plus de 10 fermiers sur un rayon de 15 kms, élèvent des poules pondeuses. Automatiquement, cette zone devient phare dans la production d'?ufs et, tout en gardant l'autonomie de chacun, l'effet de taille et de qualité produit un « pôle de production » reconnu et valable commercialement.
Il peut alors concurrencer d'autres systèmes d'élevage intensifs, centralisés et exigeant une gestion et des investissements lourds.
Cette structuration des espaces / créneaux d'échanges au niveau des zones décentralisées trouve une amplification au niveau général dans les institutions aussi solides que la rencontre annuelle de tous les fermiers Songhaï, la foire de produits agricoles des fermiers, les prix d'excellence et l'organe de direction nationale, c'est-à-dire le Bureau National du Mouvement Paysan des fermiers Songhaï.
Songhaï a fait le choix de former à l'installation ; dès lors, il devient impérieux pour nous de créer en aval du système de formation, les conditions d'éclosion et de maturité des capacités organisationnelle et entrepreneuriale des apprenants. L'animation du Réseau est également vitale et stratégique pour la durabilité du système de formation qui y trouve un support idéal pour son actualisation permanente.
Les actions du Réseau aboutissent déjà à la création au sein des fermiers, de véritables forces économiques ; il devient alors un défi pour la Formation, à travers les formations du Niveau III, de créer les conditions de l'articulation de ces forces économiques en axe de développement communautaire.
Le Niveau III : Ce niveau vise au renforcement des compétences pour promouvoir des cadres africains qui soient, au-delà de leur entreprise personnelle, de véritables entrepreneurs de développement, capables à la fois de former, animer, entraîner les communautés, de saisir toute opportunité nouvelle et de développer une pensée économique articulant tous les éléments d'un milieu. La formation donnée est plus qu'un recyclage ; elle est une pédagogie de l'innovation pour l'Afrique d'aujourd'hui. Etudes de cas, débats, formation personnelle (avec intégration des nouvelles technologies de l'information), apprentissage à la méthodologie des études? sont à la base de l'IFED (Institut de Formation des Entrepreneurs de Développement).
Cette formation s'adresse non seulement aux cadres de Songhaï (formation permanente) mais également aux jeunes fermiers ayant acquis deux à trois ans d'expérience, aux cadres d'ONG, aux agents de l'Etat, aux entrepreneurs privés, aux promoteurs de projet? 175 personnes ont bénéficié de cette formation en 2000 et 440 pour les six premiers mois de l'année 2001.
Je ne souscris pas à la thèse de « formation pour formation », c'est-à-dire que la formation soit une fin en soit. Une formation de ce type (niveau III) permet à chacun de s'équiper en permanence et d'être ainsi un acteur valable dans la transformation socio-économique.
Ainsi, il n'existe pas de cloisonnement hermétique entre les différents niveaux de formation. Autrement dit, il ne s'agit pas de cycles à franchir linéairement l'un après l'autre comme dans