y a aussi beaucoup de gens de bonne volonté qui prêchent la bonne parole du travail (experts, consultants..), mais qui ne connaissent ni la manière et ni les moyens spécifiques à mobiliser, pour adapter leurs savoirs à l'Afrique. Non seulement ceux-ci prêchent dans le désert mais fatiguent, par leur moralisation. Songhaï veut prendre tout ce monde à contre-pied, même si cela paraît difficile et s'il y a parfois incompréhension.
Cette priorité donnée au travail, au travail bien fait et efficace, mais aussi à une culture de maintenance qui est largement ignorée en Afrique, s'accompagne d'une imprégnation des valeurs communautaires et personnelles. Fierté et dignité, respect de la société et désir de protéger les intérêts de celle-ci, conformité aux normes et règlements des institutions sociales, engagement à travailler dur et équitablement sont des valeurs à mettre au c?ur du processus éducatif, car elles sont susceptibles d'animer la société. La formation à Songhaï est ainsi une formation aux valeurs d'animation de la société africaine, et pas seulement une formation aux techniques agricoles.
Nous avons commencé par le domaine agricole qui constitue l'activité la plus pratiquée en Afrique jusqu'ici, et qui peut démarrer avec un petit capital. Nous avons aussi exploré les activités artisanales classiques (savon, teinture..) et la transformation agro-alimentaire (boucherie, pâtisserie?). Mais nous ne regardons pas seulement ces activités de manière traditionnelle ; les fermiers doivent devenir de véritables entrepreneurs et inventer des nouveaux créneaux à partir de leur expérience.

Notre objectif est donc de former de véritables leaders / entrepreneurs agricoles, c'est-à-dire des hommes et des femmes qui créent et gèrent des fermes d'une manière très professionnelle, et efficace dans l'esprit du développement intégré. Ces leaders seront aussi des pionniers pour leur région, des agents de changement pour leur village, des entraîneurs de jeunes? Ils mettent en ?uvre une dynamique du bien commun dont ils tirent à la fois un bien-être individuel et une avancée communautaire. C'est là qu'est la véritable productivité de Songhaï, le véritable résultat du passage à l'acte.
J'aime décrire le projet pédagogique de Songhaï en peu de mots : « aider chacun à prendre le volant, à conduire son entreprise agricole et être au service de la dynamisation de sa région ».
Les parcours de formation
Avec le recul je me rends compte que toute ma bataille a été de préserver à la Formation Songhai son pragmatisme. En effet, notre système de formation a évolué au cours de notre histoire et continuera à changer selon les besoins des élèves et des transformations de l'économie africaine.
Une formation longue durée à l'entreprenariat : « les élèves fermiers »
Le combat pour constituer une véritable relève agricole pour le Bénin a effectivement commence en 1989. En juin 1989 précisément, nous structurions notre offre de formation sur deux ans. Les participants étaient alors recrutés par test portant sur leurs motivations et sur le travail pratique de la terre. Plus tard, ce test sera enrichi d'une épreuve écrite, dans le but de montrer que la pratique ne suffit pas mais qu'un entrepreneur a aussi besoin de réfléchir pour concevoir, planifier et gérer ; la durée de la formation et sa structure seront, elle aussi, transformées.
Si la durée et les méthodes de formation évoluent sans cesse, la formation initiale a toujours été basée sur deux cycles. Le premier vise l'apprentissage des techniques agricoles de base et le comportement à acquérir pour devenir entrepreneurs ; ces compétences s'acquièrent auprès des responsables des ateliers de production. Le deuxième cycle est une période de validation des compétences entrepreneuriales où chaque élève gère de façon autonome, seul ou en groupe, des activités qui lui sont propres. Ainsi, les ateliers de