Ma thèse aujourd'hui est que l'accomplissement de la vision de Songhaï passera nécessairement par la qualité des ressources humaines. Aussi la dynamique Songhaï porte en son centre, la formation. En effet, Songhaï est tout d'abord un lieu de formation où les gens se dotent de capacités à faire face aux problèmes de l'Afrique ; Songhaï n'est pas un de ces innombrables centres de formation qui existent partout et qui forment surtout des fonctionnaires de projets. Je compare souvent Songhai a un foyer où une culture entrepreneuriale peut émerger. Notre ambition est de préparer des hommes et des femmes de métier ayant une passion du travail, une capacité d'initiative et de créativité.


La formation à Songhaï se veut donc différente. Elle offre un espace qui fait quitter l'Homme Ancien (courbé, fatigué, sans vision, assis, résigné) et passer à l'Homme Nouveau (debout, compétent, enraciné, entrepreneur et proactif).

Il s'agit de créer les conditions pour faire émerger de véritables acteurs de développement, suffisamment introvertis et capables d'identifier et de faire reculer les contraintes, pour créer des conditions d'une auto-promotion durable.


Songhaï parie sur les hommes et les femmes qui refusent pour eux et leurs communautés, d'être impuissants. Ce sont ces hommes et ces femmes qu'on appelle des Leaders. Un vrai leader a la capacité d'avoir une vision, de la formuler clairement, de la développer et de s'en convaincre ; la capacité d'articuler cette vision, de la transformer en mission pour la faire partager dans un mouvement ; et enfin, la capacité de mettre en ?uvre concrètement des actions avec d'autres.


En d'autres termes, le leader sait assimiler et faire comprendre les attentes mutuelles. Il sait les traduire dans un projet, distribuer les tâches et les responsabilités selon les capacités et aptitudes qu'il reconnaît à chaque membre de sa communauté. Il est un chef d'orchestre qui ?uvre à sélectionner les voix et à les harmoniser pour obtenir de belles partitions pour une mélodie unique et émouvante. C'est lui qui fait connaître aux choristes le manque d'uniformité et la nécessité de rectifier le tir. Le leader est aussi celui qui saura rappeler à sa communauté la valeur du temps et l'importance du travail.


Ainsi, le Leader, tel que Songhaï le promeut, est à la fois un entrepreneur économique et un acteur capable d'agencer les intérêts de son groupe social et de la société tout entière sous un parapluie de valeurs qui articulent savoir, savoir-faire et savoir-être. Fort de ces valeurs, son leadership entraine les autres à s'approprier et à enrichir cette culture.


Ethique du travail et formation aux valeurs


Je me trouve à l'aise avec l'expression de Saint Thomas d'Aquin : « vivre bien c'est travailler bien et afficher de bonnes activités ». Dans cette logique la formation à Songhaï s'est donnée pour défi de s'attaquer à l'une des principales contraintes négatives qui nuit au développement de l'Afrique : une éthique médiocre du travail. En effet, les principes, les valeurs et les comportements à la base d'une bonne éthique du travail constituent le fondement d'une société viable économiquement et socialement mais ces valeurs ne peuvent être légiférées. Elles ont, à terme, à faire partie intégrante de la conscience des citoyens, mais elles ne peuvent pas se développer spontanément ; elles pourront être intériorisées seulement par un processus délibéré de socialisation : la formation et l'accompagnement. J'ai la conviction profonde que les gens peuvent changer à condition qu ils le désirent, « on peut amener un cheval jusqu'à la rivière, mais on ne peut pas l'obliger à boire ».


Cette éthique du travail, à mon sens, doit être non seulement enseignée à la fois par la réflexion et la mise en ?uvre sur le terrain, mais aussi être portée au plus profond du système. C'est pourquoi à Songhaï les formateurs sont intéressés (par une prime) à la productivité dans leur secteur ; les formateurs sont ainsi amenés à intégrer eux-mêmes cette logique du travail et de la production. Songhaï est une vaste unité de « Production - Formation » où se vivent les défis éthiques et économiques pour tous. Comment être crédibles en formation à l'entreprenariat si l'institution chargée de l'enseignement n'est pas soucieuse de sa propre rentabilité ? Quel modèle pratique peut-elle donner aux élèves si les formateurs ne font que des cours théoriques sur la productivité ou la bonne gestion, et qu'eux-mêmes ne mettent pas cela en pratique ?  « L'accountability » ou le devoir de rendre compte de ses résultats, est le gage de la concrétisation des projets de développement. Je crois sincèrement que nous les africains, nous devons cesser de prendre le développement comme un jeu de théâtre ; posons des actes de foi, faisons ce que nous disons ou ce pourquoi nous avons reçu mandat?

Habituellement, la plupart des gens ne voient pas la connexion entre leur formation et leur devoir de produire, de faire entrer quelque chose dans la société, de produire une richesse. Ils ne se soucient pas de gagner leur pain à la sueur de leur front : le pain, pour eux, est à recevoir des gens qui travaillent manuellement ou des projets qui sont, à leurs yeux, une manne incontestable, d'où les dérapages constatés de l'aide au développement.


La démarche de Songhaï n'est ni courante, ni souvent partagée. Elle a à prendre racine dans le système de formation, or en Afrique on n'a pas toujours cette perception de la formation en tant que transformation morale, préparation technique de l'Homme ; en effet, en Afrique quand on avance bien à l'école, c'est pour devenir un diplômé, en fait devenir « spécialiste » ou « connaisseur », et ne pas travailler, ne pas avoir à produire ! Ceci est très grave pour l'avenir du continent.


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