L'évaluation


La dynamique Songhaï est à la fois une dynamique économique et institutionnelle mais aussi et surtout une dynamique personnelle. Les membres de Songhaï - formateurs et formés - évoluent. Non seulement de nouvelles compétences sont sollicitées (pour les nouvelles technologies de l'information par exemple) et sont enseignées, de nouveaux visages viennent remplacer les anciens mais le champ des savoir-faire s'élargit et s'intensifie. Ce mouvement plus interne concernant les hommes et les femmes de Songhaï ne peut se réaliser que grâce à des outils d'évaluation mis au point par l'équipe.


Grâce à ces instruments d'évaluation, les élèves fermiers et les stagiaires ainsi que les 160 permanents qui constituent aujourd'hui l'équipe, peuvent relever les défis contemporains, changer, c'est-à-dire grandir en compétences et accomplir ainsi leur mission de leader. L'évaluation doit être au service de l'évolution.


Songhaï a toujours insisté sur l'évaluation des activités et des personnes. Cela a été nécessaire non seulement pour faire face aux exigences des bailleurs de fonds -toujours à la recherche de légitimation par rapport à leurs prêts- mais surtout pour que la devise « en quête d'excellence », qui est celle de Songhaï ne soit pas un vain mot tant au niveau des individus que des actions entreprises.


Toute organisation et toute personne, a besoin de ce moment privilégié pour se mirer, porter un regard critique sur elle-même aussi bien sur le plan humain, technique, organisationnel que financier. Cela permet de se rendre compte de la manière dont son processus de développement se réalise en fonction des objectifs qu'elle s'est fixée et de voir ce qui lui reste à faire. Pour cela Songhaï a inventé ses propres instruments à la mesure de son originalité et de sa complexité. Notons que les problèmes de développement sont souvent complexes et comprennent des paramètres inédits qui surprennent les évaluateurs traditionnels, lesquels restent accrochés à des méthodes ou des critères d'une autre époque, inopérants et peu constructifs.


Ce qui se vit sur les différents sites est aussi tellement intégré à la culture africaine et locale que l'évaluation externe est peu pertinente, surtout quand l'évaluateur joue à l'inquisiteur soupçonneux croyant être le défenseur des intérêts des bailleurs de fonds. L'évaluation - dont le but est normalement de progresser ensemble -, devient alors un élément de destruction plutôt que de construction. Dans ce cas, elle est non seulement inutile mais un mécanisme d'agression contre ce qui est vécu.


Les outils utilisés à Songhaï mettent l'accent sur des processus et non pas sur les résultats définitifs. Il s'agit de considérer toute chose comme un processus de transformation et non pas comme un produit fini ; quand l'humain est en cause, rien n'est jamais achevé. On va donc mesurer des potentialités, des évolutions. Ce qui importe c'est la capacité à faire face à des problèmes sans cesse nouveaux. Songhaï privilégie ces mesures de réactivité qui permettent d'élever le niveau des personnes en les soumettant à des défis de plus en plus grands.


Les critères de responsabilisation et d'appropriation de la démarche sont considérés comme les plus essentiels. Ils requièrent cependant la prise en compte des variables de temps, d'apprentissage progressif. Songhaï cherche donc à évaluer de manière très dynamique car le développement est une transformation longue et globale.


Comme les variables économiques, sociales et les valeurs sont inséparables à Songhaï, l'évaluation doit être holistique, c'est-à-dire globale. Il s'agit d'aider chacun à se situer avec toute sa personnalité dans Songhaï et dans la dynamique locale du développement. La participation à la recherche du bien commun, les qualités de leader, le sens du devoir? sont aussi importantes que le savoir-faire agricole ou comptable. La dimension communautaire est aussi à prendre en compte dans une bonne évaluation.


L'évaluation, au début, n'est pas une démarche facile - et cela a été difficile à Songhaï comme ailleurs - surtout là où l'on n'a pas l'habitude de se dire la vérité en face, de se regarder, de porter un jugement. Et c'est dans ce contexte de co-dépendance que l'on travaille ; c'est encore une étape d'éveil à faire passer aux formateurs, aux responsables : celle qui consiste à passer et respecter un contrat moral qui lie chaque membre à la mission. Ceci est indispensable à la montée humaine, indispensable pour aider chacun à grandir.


Ce thème de l'évaluation est central dans la relation entre Nord et Sud : il permet d'élaborer des relations claires en vue d'un partenariat efficace. Il est cependant aussi important pour la dynamique des actions en Afrique et leur adaptation à des résultats spécifiques et changeants. C'est là un des champs de réflexion que doivent développer les chercheurs africains s'ils veulent servir leur continent. Avis aux candidats thésards !












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