En 1991, Songhaï ouvre un magasin de vente à Cotonou : « Aliments sains » qui vend les produits venant de l'exploitation de Ouando. L'année suivante, commencent les activités de transformation agricole : une charcuterie pour transformer de manière rationnelle les porcs élevés à Ouando grâce à la coopération avec un charcutier breton, ami des Dominicains de Val Martel, une « industrie » de jus de fruits et confitures, une fabrication de farine de manioc. Un restaurant suivra tout naturellement en 1993 : on y servira des mets variés fabriqués à partir des produits agrobiologiques de la ferme de Ouando. Une formation à la restauration et l'hôtellerie fut aussi proposée à 12 élèves par le groupe français Accor.


La même année sont mis en place un atelier de mécanique, puis un nouvel abattoir pour traiter de manière différente les porcs, les volailles et lapins et une unité de réfrigération. Songhaï est aussi sollicité pour appuyer le développement d'une communauté rurale à Kinwedji non loin de Lokossa. Après deux ans de lancement de la ferme et d'accompagnements intensifs auprès des villageois, Songhaï laisse la gestion dans les mains du village. Force est de constater que la période de gestation n'a pas été suffisamment longue et petit à petit des discordes et carences techniques ont pris le dessus? Ainsi, après de nombreuses réflexions ensemble (Comité des sages du village, autorités administratives?), il a été proposé que Songhaï reprenne la gestion de ce site en 1999.


Avec les élèves sortis de formation et les différentes actions entreprises, un réseau de fermiers inspirés par l'esprit Songhaï se met en place en 1995. Ce réseau sert à l'assistance technique, à la formation permanente et aussi au crédit et à la stimulation de chacun. Un point de vente Songhaï à Lokossa permet de commercialiser les produits du réseau.


En 1996, l'équipe Songhaï se retire de Tchi pour n'être plus qu'une équipe de conseil et se reporte sur Savalou et Parakou, deux nouveaux sites de production à grande échelle, soutenus par l'USAID (Agence de Développement Internationale des USA). Elle laisse ainsi la ferme école de Tchi, à une coopérative de villageois qui poursuivront l'?uvre commencée et obtiendront même en 1999 un prix de productivité au niveau de la CEDEAO (Communauté Economique des Etats d'Afrique de l'Ouest).


Poursuivant la dynamique assez exceptionnelle qui était en route, l'IFED (Institut de Formation des Entrepreneurs de Développement) est créé en 1997. L'IFED assure une formation continue pour les anciens de Songhaï, organise des colloques et séminaires et offre une formation internationale à des cadres africains. L'IFED constitue le troisième niveau de formation de Songhaï mais n'a pas encore atteint sa pleine maturité alors que les besoins sont grands.


L'atelier de mécanique se développe et fabrique des machines agricoles adaptées aux besoins des paysans. Un nouvel atelier de transformation agro-alimentaire se met en place cette année 1997. Conjointement à l'ensemble de ces nouveautés progressives, un centre de documentation chargé également des publications de Songhaï, naît et grandit de jour en jour selon l'ampleur que prend Songhaï.


En 1999 Songhaï s'est engagé avec l'aide de l'USAID dans l'installation d'un service de communication dénommé : « Réseau Béninois de Télé services Communautaires ». Ce réseau met à la disposition des fermiers formés par Songhaï et d'autres usagers les nouvelles technologies de l'information pour favoriser les échanges, pour s'informer? Le télécentre de Porto-Novo accueille environ 100 clients par jour. Les centres de Savalou et de Parakou sont opérationnels. Un système de communication par radio (RACAL) complète ce réseau et permet aux centres Songhaï (Ouando, Parakou et Savalou) de communiquer entre eux.


Egalement e 1999 Songhaï inaugure la mise en activité des centres de Savalou, au centre du Bénin (sur 260 hectares, sont pratiqués élevage et agriculture irriguée et mécanisée) et de Parakou, au nord du Bénin (activités d'élevage et de production végétale mais surtout de pisciculture intensive grâce à un lac de 46 hectares). Un centre de réfugiés dans la région Atlantique (Kpomassè) est aussi confié à Songhaï : il s'agit de réaliser les infrastructures de base et surtout de lancer une ferme agro-pastorale en lien avec Ouando ; les réfugiés pourront ainsi reprendre goût au travail et se réinsérer facilement. Le centre a été réalisé très rapidement avec une grande efficacité qui a permis des économies ; celles-ci ont été réinvesties pour que toute la communauté - et pas seulement les réfugiés - bénéficie de l'action : création d'une route, d'une clinique, d'une école?


Aujourd'hui Songhaï est un consortium de trois centres de formation  (Ouando, Savalou et Parakou), de centres d'application (Kpomassé, Kinwedji), d'un réseau de plus de 450 fermes, de centres d'expérimentation, d'un service de conseil et d'assistance aux nombreux fermiers installés et à plusieurs communautés rurales, de points de ventes de produits répartis sur le pays, d'une fabrique de machines agricoles adaptées aux réalités africaines, d'unités de transformation et restauration, d'un système de crédit et de promotion commerciale, d'un système de communication moderne, d'une base de données?Deux autres centres sont actuellement en création au Nigeria avec la même philosophie.


Ces activités ne se juxtaposent pas : elles constituent un système complexe, engendrant des synergies entre secteurs tant au niveau des coûts et des profits que de l'innovation et de l'adaptation aux contextes ruraux africains. Ce système est évolutif (Songhaï change toujours de visage) car il est une réponse permanente aux besoins qui émergent de la pratique des fermiers, des anciens élèves des centres de formation et aux nouveaux défis que doit affronter l'économie africaine. Il importe cependant être vigilant pour que la taille atteinte ne produise pas des contre-effets négatifs : coûts de contrôle, de coordination, de gestion, d'information?L'expérience de base doit toujours alimenter et moduler le cadre conceptuel et la vision globale. Songhaï est une organisation systémique.