décision. Alors pour se donner bonne conscience, on aide de manière spécifique les femmes ; on en nomme quelques-unes dans des postes politiques, on développe des programmes particuliers pour les femmes? On a inoculé dans la conscience des gens cette responsabilité d'éveiller les femmes, en leur donnant des coups de pouce pour qu'elles deviennent animatrices des projets de développement. Un peu partout se créent des organisations de femmes dont les leaders sont souvent des intellectuelles, ressentant peu les difficultés des femmes à la base.
Les activités génératrices de revenus qu'on propose aux femmes de la base dans ces programmes spécifiques sont la plupart du temps du « bricolage » : petits projets de couli-couli (gâteau à base de tourteau d'arachide), groupements autour du maraîchage, installation d'ateliers de coiffure / couture (elles font toutes la même chose !) ?On caresse la pauvreté chez les femmes. On les met dans un circuit de pauvreté et subsistance ; elles restent en bas et font un petit groupe à part.
Ce qui est encore pire et déplorable, c'est que ces femmes, qu'on pense aider, sont considérées comme des marionnettes, qu'on amène devant la télévision pour danser pendant quelques minutes surtout à l'occasion d'une inauguration d'organisation féminine ou lors d'une remise de dons en leur faveur.
Il s'agit donc désormais, d'aider la femme africaine à redevenir une femme debout et digne, capable d'être elle-même ; l'aider à acquérir la capacité de se prendre en charge, de gérer sa vie, de se faire respecter, d'être à l'aise et généreuse. Ainsi elle sera naturellement enracinée dans sa culture et moins vulnérable. Forte de tout cela - qualités humaines, qualités professionnelles, qualités sociales et organisationnelles -, elle redevient alors capable de prendre sa place d'actrice de la société, de se réapproprier un véritable espace de responsabilité, de se faire respecter. Pour acquérir ces qualités, elle a besoin de se former et de s'inspirer d'autres femmes afin de s'imposer dans la société pour participer à son changement progressif ; il ne s'agit en aucun cas de revendiquer une place au sens strict, mais de trouver sa juste place pour jouer un rôle dans l'évolution de la société.
En effet, la femme africaine incarne naturellement la responsabilité socio-économique. Par son pouvoir économique, elle sait répondre directement aux besoins, elle sait gérer ses liquidités et rembourser ses emprunts ; elle est un véritable entrepreneur car elle sait, mieux que l'homme, intégrer le social et l'économique. Il s'agit donc par-là de réintroduire en force ces valeurs dans la société.
Il importe de contribuer sans cesse à l'émergence de femmes d'une certaine trempe qui restent bien ancrées dans la base. Pourquoi ne pas pousser des femmes à devenir entrepreneurs au lieu de rester seulement dans des activités de survie ? C'est ce que Songhaï a fait dès le début en associant les femmes à tous les aspects du développement. Ces femmes partenaires et actrices de Songhaï se sont révélées particulièrement capables et continuent à l'être, mais nous constatons qu'il y a encore un bout de chemin à faire car actuellement peu de femmes se sont jusqu'alors, présentées pour la formation ; au total, 88 ont été formées complètement selon la méthode Songhaï.
Compte tenu du contexte actuel de l'Afrique et de la situation de la femme, ceci est une amorce tout à fait honorable. En effet, sur ces 88 formées, 55 sont installées à leur compte, dont près de la moitié en couple, 2 en association entre elles ou avec des frères, les autres sont seules. Ainsi, 64% des jeunes filles formées sont installées. L'artisanat (panier, sacs, savon?) et la transformation des produits agricoles (sirop, gâteaux?) sont leurs activités de base, plus le jardinage, la production vivrière pour certaines et quelques élevages. Certaines parmi les plus douées et les mieux organisées ont, en plus, des activités d'animatrices pour des ONG ou la Chambre d'Agriculture. Une femme a été élue meilleur entrepreneur de Songhaï pour 1999.
Songhaï a décidé, pour les années qui viennent, de faire encore plus dans ce domaine en adaptant sans cesse ses propositions de formation et en aidant les jeunes femmes à avoir confiance en elles et à assumer les oppositions que font les familles face à la prise d'indépendance des filles ou les maris par rapport à leur épouse. Songhaï se donne de relever ce défi pour aider les femmes africaines à jouer pleinement leur rôle dans l'Afrique qui naît.
L'Afrique peut être autre chose qu'un continent sous perfusion. Si la crise qu'elle subit produit une situation débilitante qui met les Africains dans l'impossibilité de créer leur propre monde, cela n'est pas une fatalité et cela peut changer.
L'Afrique peut jouer dans la cour des grands. Elle peut avoir une place dans l'économie mondiale, dans la mondialisation économique, mais aussi dans les autres secteurs de la vie. Il ne faut pas avoir peur ni être complexé. Il faut affronter les problèmes, avoir pour perspective de participer au monde qui change et se mettre soi-même en devenir d'être acteurs de sa propre histoire.
Il y a trois types d'hommes dans le monde :
Les dormeurs : ce sont ceux qui ne se voient pas comme co-créateurs ; ils se contentent de se voir comme produits de la société et ne perçoivent pas leur rôle d'artisan devant renouveler l'univers et la personne humaine. Les dormeurs se complaisent dans la passivité et vivent dans la médiocrité.
Les égoïstes :