maintenir ouvertes nos fenêtres culturelles, garder notre passé et notre héritage culturel comme socle et développer une faculté d'absorption sélective en utilisant tout ce qui permet de poser les jalons de notre cheminement vers l'amélioration significative de la qualité de vie de nos peuples. Une conduite réellement africaine devrait être capable de rassembler les ressources humaines et matérielles, nécessaires à l'apparition d'une situation favorable. Cette société n'est pas un prêt-à-porter et ne saurait se fabriquer ex nihilo. Par contre, ce que nous pouvons faire, c'est créer une ambiance propice à sa naissance, exactement comme une sage-femme confirmée. Une période de gestation s'avère nécessaire.
Travailler à l'émergence des acteurs c'est la tâche que s'est donnée Songhaï, sage-femme de cette nouvelle société africaine. Il s'agit de faire passer d'une conscience soumise et résignée à une conscience créatrice et critique, interprétatrice des pratiques qui s'amorcent. Pour cela, il y a un prix à payer qui exige de nager à contre-courant.
Reprenons cette image de la sage-femme.
- L'action de la sage-femme est le début de tout accompagnement à l'éveil d'un enfant ; il y a les préparatifs, la fête?Et traditionnellement la sage-femme n'est pas n'importe qui dans la communauté ; elle est vraiment Sage, conseiller, médecin traditionnel, pédiatre. Elle est écoutée et attire la confiance des gens. Elle accompagne la femme et l'enfant qui arrive et annonce au père ce premier passage.
- Le second « passage » qui signifie « éveil des gens, éveil de la conscience à la responsabilité? » se trouve traditionnellement dans la culture africaine, dans l'initiation, dans le système de « Mentor-Mentee » ou « Maître - Apprenant ». L'apprentissage se fait à travers des « maîtres » qui incarnent une dimension intellectuelle, morale, physique?et font passer les valeurs de la société indispensables à la survie de cette société. Pendant l'initiation, les jeunes sont préparés pour accéder à cette prise de responsabilité. Toute la communauté se focalise sur ce processus ; d'où les tabous, les secrets, les préparatifs mais aussi les sanctions, les félicitations (organisation de grandes fêtes à la fin du processus) et les réjouissances qui accompagnent ce passage vers la vie adulte et communautaire.
Dans ces deux aspects, on voit la douleur et le courage ; les acteurs sont invités à affronter cela et à faire preuve de bravoure. Dans beaucoup d'ethnies, une femme ne crie pas lors de l'accouchement. Elle enfante ; elle et la sage-femme ont pour mission d'introduire dans la famille un enfant éveillé, déjà prêt. Et cela continue jusqu'à l'âge adulte ; cette formation est surtout confiée aux femmes. Cela change pour les garçons au moment de l'initiation, car dans la plupart des ethnies, ils sont considérés comme les principaux gardiens de la société, ils sont au premier rang ; il importe donc les préparer à assumer cette responsabilité, à affronter des difficultés particulières.
C'est cela que nous voulons recréer à Songhaï, car en Afrique les populations sont devenues des consommateurs passifs. Songhaï est une sorte d'initiation où l'on apprend à changer de mentalité, où l'on met des jeunes devant leurs responsabilités, où on leur apprend à être acteurs, entrepreneurs. Ils se préparent et apprennent aussi bien à se lever tôt qu'à travailler ensemble, à bâtir des projets, à diriger, à réfléchir?Cela n'est pas facile pour ceux qui se sont laissés aller à être des consommateurs passifs.
Sans ce passage, cette initiation, il sera presque impossible pour les Africains de s'en sortir. Aujourd'hui nous sommes encore loin d'accepter ce passage, car nous sommes trop souvent dans une mentalité de salariés et de fonctionnaires, de consommateurs passifs où personne ne prend la responsabilité de l'échec, où tout le monde est prêt à blâmer l'autre sans s'impliquer lui-même.
La jeunesse africaine a un rôle majeur à jouer dans cette aventure. Songhaï croit en cette jeunesse qui a des atouts pour s'intégrer dans la société, qui peut discerner entre les systèmes de valeurs qu'on lui propose et qui a aussi fait l'expérience douloureuse d'un système éducatif décevant car ignorant des dynamiques concrètes et contemporaines de l'Afrique. Bon nombre de jeunes refusent une société sans lendemain, société de démission et de médiocrité. Ce sont ceux là qu'il faut aider à réaliser un passage, à concrétiser leur désir de réussite, à faire naître à une conscience plus large du monde. La pauvreté ne sera jamais vaincue si la jeunesse n'arrive pas à trouver les moyens d'agir, et aussi l'environnement propice à cette émergence. C'est pourquoi Songhaï s'est lié à la jeunesse africaine en lui offrant quelques outils pour se lancer dans l'aventure d'une Afrique forte, fière de réussir.
Reconnaissons cependant que ce défi est lourd à relever. Une grande partie de la jeunesse qu'on pense enthousiaste, curieuse et idéaliste, se trouve en fait, encore dans une culture de survie. Bien sûr ce n'est pas de leur faute car les jeunes vivent dans ce contexte de survie sans beaucoup d'espoir ou d'envie ayant fait l'expérience de l'échec (diplômes sans débouchés, promesses politiques non tenues, solidarité perdue?). Cela exige alors de faire tout un travail de fonds pour re-mobiliser et ouvrir des horizons d'espoir là où tous se résignent.
Si on continue dans cette direction, c'est la dérive, le sous-développement qui s'amplifie, car les femmes constituent plus de la moitié de la population. Le développement d'un pays ne peut se faire sans les femmes, mais la triste réalité est qu'elles sont absentes de la scène politique, des grandes instances de