LJ Lebret a participé en tant qu'expert au Concile Vatican II où il a contribué à la rédaction des documents sur l'Eglise dans le monde ; il a aussi inspiré l'encyclique « Populorum Progressio » sur le développement. LJ Lebret a écrit à côté de ses ouvrages économiques de nombreux livres de spiritualité (1) qui montrent une grande expérience mystique combinée avec une grande sensibilité pour le monde et chaque humain. Il est mort en 1966, s'étant totalement donné au nom de sa foi, de son expérience spirituelle au développement intégral et international.


Il s'est battu sur tous les fronts pour que la foi chrétienne prenne au sérieux la première lettre de Saint Jean : « nul ne peut dire qu'il aime Dieu s'il ne commence pas par aimer son frère qu'il voit. Et l'amour commence par lui donner à manger, par lui donner un travail, par lui redonner une dignité », objectifs qui sont ceux de Songhaï.


Sans passion, non seulement le monde serait triste, mais il dériverait vers la mort. Il est donc urgent que les passionnés se réunissent, qu'ils s'organisent? Il en va de la survie de la planète, pas seulement de l'avenir de l'Afrique.



Une capacité d'analyse




L'enthousiasme et la générosité ne suffisent pas pour que le monde se porte bien. Beaucoup de coopérants ou volontaires généreux sont en fait des obstacles au développement sans le vouloir car leur émotion prend trop fréquemment la place de la réflexion et du dialogue avec les autres. La naïveté n'est pas une valeur, elle est un obstacle dans la lutte sans merci qu'il faut mener pour survivre, pour grandir et entrer dans le développement.


Dans cette lutte il convient d'aller au-delà des seules émotions pour être efficace. Il faut partir d'elles - ce sont les points de départ, ce que j'appelle la passion - et avancer en introduisant de la rigueur, des méthodes, des concepts et de l'observation. Pour avancer, il est fondamental d'abord, de connaître les contextes, se laisser tisser par eux et, dans ces univers, devenir acteurs en utilisant les bons outils.


Les hommes et les femmes ont une tête


L'humain n'a pas été créé seulement avec son c?ur, il a aussi une tête et un corps. La tête est noble, mais attention cependant à ne pas l'idolâtrer. C'est là un des drames de l'éducation en Afrique, d'autant plus que la tête des éduqués a été déconnectée de leur matrice vitale : la culture africaine.


A. Wade, le nouveau président du Sénégal disait : « En Asie, il y a moins de colloques et plus de développement ; en Afrique c'est l'inverse et on n'avance pas » ; il voulait par là dénoncer les tonnes de papier qui sont l'affaire des experts dans lesquelles la réalité est perdue et qui servent surtout à faire vivre ces experts locaux et étrangers. Il ne s'agit donc pas de développer ce genre de réflexion intellectuelle stérile, mais de développer une capacité d'analyse. Ce que j'évoque par ce dernier terme est beaucoup plus qu'une analyse cartésienne car elle permet de sentir, de prévenir et de mettre en relation.


Même avant mes études supérieures aux USA, la base de formation et la vision, que j'ai reçues de ma famille, étaient larges et non pas coincées dans une ou deux matières. J'étais à l'aise en biologie, en chimie, en sciences mathématiques et physiques? La philosophie m'intéressait énormément ainsi que tout ce qui touchait à l'évolution de l'Homme, de la société. La philosophie - non pas comme un amusement intellectuel, mais comme une aide pour se trouver, qui a sa pertinence dans la réalité des gens là où ils en sont -, est très importante pour moi mais pas lorsqu'elle n'est que le prétexte à des bavardages prétentieux et répétitifs.


J'ai donc étudié d'une façon ouverte : le phénomène de l'évolution, l'organisation sociale, l'économie institutionnelle, la spiritualité, l'approfondissement en microbiologie et biochimie, l'électronique et l'informatique.


Il ne s'agit pas d'être fier de son curriculum vitae ou d'entrer dans la compétition pour inscrire au livre Guiness des records de plus long palmarès de doctorats, mais de reconnaître l'importance du travail intellectuel sérieux, de son ascèse. Un des problèmes du développement aujourd'hui, c'est de s'en tenir au système d'hier? et de se construire des châteaux dedans. Un fort complexe d'infériorité marque les Africains qui se gargarisent d'avoir tel ou tel diplôme, tel ou tel poste... Les études sont là non pas pour s'en glorifier et en rester là ; elles donnent la capacité de diminuer les contraintes rencontrées dans les démarches humaines.


Attention surtout à l'amateurisme car un aveugle, qui ne voit pas loin, ne peut rien faire et ne peut en aucun cas guider les autres. C'est là une grande faille de l'Afrique qui se contente de peu de connaissances et d'informations ; on comprend un peu et à partir de cela on brode, on dirige? Le niveau de la plupart de nos dirigeants est si faible ou présente un champ très étroit, alors qu'ils ont plein pouvoir sur des tas de choses ; cette situation est catastrophique. Il en est de même de la situation des cadres moyens. L'Afrique ne dispose pas d'assez de cadres intermédiaires efficaces et compétents ; les cadres intermédiaires ne sont guère opérationnels ; ils sont déconnectés de la réalité, et « se