Je lis ces textes à partir de mon expérience globale, je n'ai pas besoin de les inculturer : ils le sont de facto puisque celui qui les lit et les médite, est un africain engagé dans la transformation de sa société. Je me méfie beaucoup de ceux qui au nom de l'authenticité africaine et de l'inculturation momifient les cultures africaines en les enveloppant d'archaïsmes : ils nient l'Afrique moderne qui se cherche et ils enferment tout dans les musées et les savoirs ethnologiques. En faisant cela, ils participent sans le vouloir à l'exclusion de l'Afrique en faisant du passé un modèle.


Parmi les textes évangéliques, j'aime particulièrement le Magnificat « Mon âme exalte le Seigneur?il a dispersé les hommes au c?ur superbe, il a renversé les potentats de leurs trônes et élevé les humbles » (Luc 1), véritable cri de joie et de guerre contre les injustices. Le Seigneur choisit les humbles, il les défend et leur propose une aventure de développement, de relèvement.


J'aime aussi l'épisode du malade de Béthesda à qui Jésus dit « Lève toi et marche ». Personne n'est condamné à rester toute sa vie, paralysé et misérable ; le Seigneur donne la force et l'intelligence pour se relever et devenir acteur de sa propre vie, pour marcher. J'aime de manière générale les récits de résurrection et les miracles, non pas pour leur aspect extraordinaire, mais parce qu'ils disent que la vie est plus forte que la mort et que l'amour donne un surcroît d'énergie. Jésus s'implique dans ces miracles car Dieu s'intéresse à la vie des humains qu'il veut plus belle ; c'est là le sens profond de l'Incarnation.


La multiplication des pains (Mt 14) est particulièrement significative pour notre situation en Afrique : donner à manger aux foules lasses, repousser les contraintes pour que la vie triomphe. C'est un appel fait à tous les disciples du Christ et donc à nous : devant des situations apparemment sans solution, il est possible de développer de nouvelles forces pour surmonter et renverser la situation. Le Christ pousse les disciples à mobiliser des énergies nouvelles pour restaurer les foules ; prendre alors ce risque de se donner aux autres, et le Christ est un modèle dans cette prise de risque.


Le Christ offre à ceux qui s'engagent dans les ?uvres de vie une force nouvelle. Cette force permet de tenir dans le quotidien, elle aide à faire reculer les contraintes. La dimension spirituelle est ainsi inséparable de l'action pratique pour que la vie sociale puisse s'améliorer. Contemplation et action s'engendrent mutuellement ; et ça, c'est fondamentalement dominicain.


Ma spiritualité évangélique repose sur deux pôles complémentaires qui traversent la parole de Dieu : la résurrection et l'énergie divine. C'est avec cette perspective que je suis devenu prêtre et que je suis heureux de le rester.


La résurrection m'a toujours frappé avec les possibilités d'interprétation et de manières de vivre qu'elle offre. Elle dit que demain peut être différent ; que les contraintes ne doivent plus être des fatalités. Le Christ a cassé les contraintes, poussé la pierre du tombeau et sort vivant. L'amour peut tout transformer et invite à l'inattendu. Le Christ appelle l'Afrique à ressusciter avec lui : à sortir de la mort, à aller au-delà pour faire exploser ses possibilités, à sortir de l'écrasement et des fanatismes. Non seulement, il appelle mais il vient l'aider à réaliser cette transformation en libérant des énergies nouvelles (l'Esprit Saint). Il est impératif que l'Afrique sorte de la mort et elle le peut ; chaque fois qu'elle vit ou essaye de vivre dans ce mouvement.


Je suis très sensible à la nature, à ce qu'elle chante de Dieu. Tout dans la nature dit l'énergie divine ; prendre le temps d'écouter cette parole et ces chants qui, à leur tour engendrent la montée humaine, le chant des humains. Il ne s'agit pas d'un retour au panthéisme mais il s'agit d'être sensible aux dons qui nous sont faits dans la nature et dans la création. L'Epître aux Romains (chapitre 8,22) dit bien cela « toute la création jusqu'à ce jour gémit en travail d'enfantement. Et non pas elle seule : nous- mêmes qui possédons les prémices de l'Esprit...». L'énergie divine transforme la vie. L'humain se développe et se fait intelligence. La création se poursuit et l'humanité avance si on canalise les énergies vers le bien et la vie. Il est nécessaire de faire l'expérience de cette énergie et s'y risquer tout entier, devenant ainsi acteur.


Ma vie spirituelle pourrait se résumer à ceci : je me joins à la force divine pour faire avancer le monde. L'Homme coopère pour que le règne de Dieu vienne. Le monde est vaincu, si nous avons affronté le calvaire de la vie avec la force venant du Christ.


J'aime bien aussi les textes de la Doctrine sociale de l'Eglise, ces encycliques et documents du Concile Vatican II où les papes et l'Eglise nous invitent, à partir de l'Evangile, à nous engager pour transformer le monde et être solidaires : « Gaudium et spes » qui invite les chrétiens à être présents dans les problèmes de société, « Populorum progressio » qui fait de l'engagement pour le développement une exigence pour les chrétiens, « Sollicito rei socialis » qui explique comment la solidarité, en particulier Nord-Sud, doit être fondatrice dans la vie chrétienne?


Ces textes m'ont beaucoup encouragé quand Songhaï a démarré et continuent à donner un cadre de réflexion pour le développement des actions. Ils sont cependant peu connus des croyants qui passent à côté d'une réflexion sur la société, et d'un enseignement qui fondent dans la vérité leur foi. Songhaï essaye de mettre en pratique cette Doctrine Sociale dans le cadre des réalités africaines.


Une spiritualité fraternelle


Ce que j'appelle la passion, ma passion, est aussi venue de grands