s'est transformé. L'enclavement et les mentalités d'hier ne sont plus des contraintes insurmontables.


Pour Songhaï, il est possible de changer, à condition qu'on se donne les moyens, les valeurs, qui sont des richesses qui dorment en soi et que chacun reprenne confiance en lui et en ses frères. Mais il est bien difficile de réveiller des gens qui dorment. J'ai peur, quand je vois d'un côté le niveau de l'Afrique par rapport aux autres continents, le fossé qui se creuse de jour en jour et de l'autre côté, des gens qui ne veulent pas travailler sérieusement et efficacement. Leur dire de changer leurs manières de faire, entraîne bien évidemment des résistances et des conflits mais n'est-ce pas un devoir urgent ? Soyons conscients que chaque montée humaine, chaque changement positif nécessite un prix à payer, un sacrifice.


Tout ce qu'on fait à Songhaï, c'est de créer des viviers humains qui montrent que quelque chose de positif est possible à condition que l'on se donne, qu'on ait une vision, des valeurs, du courage. C'est ainsi que Songhaï « embarque les gens » dans ce mouvement de vie, à partir de ces arènes concrètes - et non pas à partir de discours - que sont les actions de développement rural et l'entreprise agricole. C'est cela la grande différence de Songhaï avec les autres centres de formation.


Le message de Songhaï est comme celui de la Bible qui dit que ce n'est pas ce que l'Homme mange qui le rend impur, mais ce qui sort de sa bouche. Ici cela revient à dire que c'est ce que l'Homme produit, le résultat de ses pensées et actions, qui le rend pur ou impur.

S'il y avait des conseils à donner pour être un bon agent de développement il faudrait dire : aimer avec lucidité et vérité, et croire en la force de l'humain, de tout humain même le plus petit, le plus méprisé. Parier sur l'homme et la femme d'Afrique c'est la meilleure des stratégies, mais cela nécessite un changement radical dans les manières de penser et une très grande persévérance.


La politique de la  « croissance économique d'abord » qui est la pensée commune actuellement, doit céder la place à un développement holistique, c'est-à-dire global, touchant tous les aspects de l'existence, centré sur les humains et leurs communautés. Telle est l'option que Songhaï veut mettre en ?uvre et réalise sur le terrain.



Des sources inspiratrices




Cette passion dont on parle ici, vient non seulement de ma culture africaine mais aussi d'un ailleurs. La soif d'un engagement pour améliorer la vie n'est souvent pas naturelle. Elle est venue pour moi, d'une foi en Dieu. La foi en Dieu a été un puissant stimulant dans ma vie : c'est elle qui m'a poussé là où je n'aurais pas forcément voulu aller, là où mon éducation ne m'aurait pas normalement mené.


La foi m'a poussé à créer Songhaï et je crois que tout croyant, quelle que soit sa religion - et on peut faire de l'Humanisme une quasi religion tout en respectant ce point de vue -, est poussé dans ce même sens : non seulement améliorer sa vie mais aussi celle de tous les humains. Il n'y a pas de dichotomie entre notre vie spirituelle et notre vie socio-économique ; ces deux aspects de l'existence se fertilisent mutuellement et chaque croyant est invité à développer cette double dimension de sa vie.


Un oiseau doit avoir deux ailes pour décoller et pour bien voler. Une aile représente les forces matérielles, l'autre les forces immatérielles. Il me paraît évident que si l'une des ailes ne fonctionne pas, l'oiseau tombe ; les deux forces sont indispensables. C'est la cohérence et la connexion organique entre les deux forces qui donne le dynamisme et l'énergie. Pour la vie humaine, il en est de même : nous avons besoin de la spiritualité et de l'activité socio-économique mais la modernité en Afrique, comme ailleurs dans le monde, s'est faite en séparant ces deux dimensions et en devenant matérialiste, en oubliant la première.


Songhaï est un mouvement non confessionnel où aussi bien musulmans, protestants, catholiques et toute personne qui suit une religion traditionnelle, sont à l'aise et participent de manière égalitaire à l'aventure. Cette non-confessionnalité, permet à toutes les confessions d'avoir leur place - dans le respect et le dialogue avec les autres -, et de découvrir l'importance de la démarche spirituelle pour un vrai développement. Je ne parle pas ici de « religiosité vide », mais d'une dimension de l'Homme qui le pousse à prendre des risques et à casser son cocon égoïste.


Tous savent que je suis dominicain et prêtre ; cela constitue pour chacun un « plus » dans sa propre conviction, à la fois une sécurité et un défi à relever : que la foi de chacun produise les meilleurs fruits ! Mon appartenance à la vie religieuse catholique n'a jamais été un obstacle mais un stimulant qui fait que Songhaï est une école de tolérance et de dialogue inter-religieux.


Une spiritualité évangélique et ecclésiale


Ce qui a fondé mon engagement dans Songhaï et dans toute ma vie, ce sont des textes forts de l'Evangile et de l'Eglise catholique. Ces textes ont toujours été pour moi sources de dynamisme et de renouvellement, à la fois en tant que prêtre dominicain (depuis 1975) et qu'animateur de développement, deux faces inséparables de ma vie. Ils me tiennent dans la nouveauté et le désir de me donner et de me dépasser.