c'est accepter ce que l'on est et là où l'on est aujourd'hui. C'est en dépassant les obstacles qu'on apprend à vivre. Et c'est l'ensemble des succès qui amènent à l'étage supérieur de la vie lorsqu'ils sont obtenus à force de travail et de bataille.
Parce que peu à peu on a pris confiance en soi, on peut avoir foi dans les autres, en leur capacité de réagir, d'inventer, en leur énergie et capacité de faire face. Si on a soi-même vaincu la peur, l'autre peut être vu comme un partenaire et non un adversaire qu'il faut détruire.
J'ai cru en moi-même avec la conviction qu'il n'y a pas de surhommes sur terre, donc pas plus d' « infra-hommes ». J'accepte à priori tout le monde, quelle soit l'étiquette portée ! Pour moi, la montée humaine signifie ne pas rejeter les autres à priori. Croire aux autres est important ; je suis persuadé qu'il y a un germe de vie et de créativité en chaque personne, et qu'il s'agit de le réveiller - ce qui est plus ou moins difficile, plus ou moins long selon les cas ! La seule manière de réussir est de poser des actes conscients. L'homme a la capacité de se relever, de changer positivement sa vie, s'il en prend conscience et pose des actes responsables. Certains cependant ne comprennent pas cela et s'excluent ainsi eux-mêmes.
Je pense également que ma race n'est pas faite pour les fourmis. C'est dans l'amour, la passion pour les gens, à travers les actes que nous posons, que nous arriverons à un monde meilleur. On peut toujours avancer vers ce but, même si les « sages » parlent, en souriant de manière condescendante, d'utopie.
Je suis convaincu qu'on ne peut rien réussir seul. Je crois que les autres aussi possèdent des potentialités que je n'ai pas et qu'ensemble nous pouvons faire bouger le monde. Il existe certes des contraintes naturelles, socioculturelles? Mais l'important est de ne pas se fier à la fatalité. On peut dépasser les contraintes si on prend la résolution de réussir et de le faire avec d'autres, car le lendemain est plus fort : c'est ce que suggère la résurrection du Christ.
Quand on parle de l'Homme Nouveau, cela ne veut pas dire qu'il est très différent de ce qu'il est aujourd'hui, mais c'est un Homme qui a une capacité à entreprendre une marche vers l'inconnu, à amorcer cette force de changement. L'Homme Nouveau, c'est quelqu'un qui a assez de culture, de force et de lucidité, pour surmonter plus facilement les obstacles parfois redoutables qu'il rencontre ; c'est quelqu'un qui est en marche et ne recule plus. Il peut entamer une montée humaine par des efforts conscients de sa part. Voilà pourquoi je refuse la médiocrité car c'est synonyme de mourir, de ne pas bouger ; ne pas prendre de décision, c'est prendre une décision de mort.
Je vois la même chose au niveau de la société. Une société est en développement quand elle est capable de faire face continuellement à ses besoins et désirs et d'avancer, quand elle se renouvelle en acceptant la vie. Elle est en régression quand elle ne se prend plus en main et confie son avenir à d'autres (et en particulier aux étrangers, qu'elle critique souvent par ailleurs).
Quand j'ai commencé à installer ce projet de développement au Bénin, j'ai rencontré une « mentalité de projet » (l'argent vient de l'extérieur, on peut se le partager) ; c'est l'expression d'une perte de foi et de confiance en soi, une incapacité à dire « nous pouvons le faire ». En Afrique francophone plus qu'ailleurs, on considère qu'on n'est rien, et que c'est l'Occidental (le Blanc) qui peut tout et alors, on attend tout de lui. Les produits « Made in Africa » n'ont aucune valeur même chez nous, car ils sont considérés comme des produits imités.
Cette perte de confiance en soi se manifeste également dans le comportement des leaders africains. Quand ils sont malades par exemple, ils préfèrent se faire soigner à l'extérieur. La mentalité d'extraversion s'installe de plus en plus même dans la vie quotidienne des Africains. On pense qu'envoyer ses enfants étudier à l'extérieur est une question de prestige. Aujourd'hui, malheureusement, toutes les forces de construction de l'Afrique se dirigent vers l'extérieur et se perdent.
On ne peut entamer un processus de développement en Afrique, si on ne revoit pas cette philosophie, cette mentalité d'extraversion et de perte de confiance en soi. Cela a accentué la force centrifuge : tout part vers l'extérieur ; toutes les références sont à l'extérieur. Tout le monde veut partir en Europe, en Amérique et on se plaint toujours de ne pas avoir les moyens de développer le pays. Les valeurs de la croyance en soi et dans les autres, les valeurs de courage? sont battues en brèche dans cette situation morbide qui fait du découragement et du fatalisme face à la misère des données indépassables.
Croire dans les Africains et les Africaines, c'est leur proposer un idéal élevé et les sanctions - positives et négatives - qui sont à la hauteur de cet idéal. Croire dans les gens c'est penser qu'ils peuvent remporter la victoire sur eux-mêmes et sur les défis de l'histoire. Souvent cet aspect des choses a été mal perçu à Songhaï.
Croire dans les gens, ce n'est pas être naïfs et ne pas voir leurs faiblesses ; ce n'est surtout pas tout excuser et chercher à tout prix le consensus. L'Afrique s'est d'abord préoccupée de sa stabilité sociale ; il fallait absolument éviter les problèmes et donc trouver des consensus. Cette étape était nécessaire pour assurer la cohésion des nouveaux Etats mais la recherche du consensus à tout prix comporte le risque de s'accommoder avec la médiocrité dans la mesure où les responsabilités sont réparties en fonction de l'appartenance ethnique ou régionale et non pas selon les compétences. Cela n'avait peut-être pas de conséquences trop graves dans l'Afrique autarcique d'hier, mais dans celle d'aujourd'hui, insérée dans la compétition internationale, poursuivre cette voie accentuera la marginalisation et le sous-développement. Il n'est donc plus nécessaire d'avoir peur des conflits et des oppositions lorsque ceux-ci entraînent vers le bien commun de tous.
Ce que je prône toujours à mes frères, c'est de travailler pour que l'Afrique retrouve sa dignité. Dans ce sens, je supporte mal la paresse, la médiocrité chez mes collaborateurs.