naturelles, organisationnelles et politiques.


N'ayons pas peur de dévoiler ces amours-là qui nous poussent à ne pas nous résigner et à vouloir changer la société et toute la planète. L'école ne nous a pas appris cela et pourtant c'est ce qui fait avancer le monde en repoussant la peur et le fatalisme.


Le reste (oscars, médailles? comme le prix Leadership Afrique qui me fut remis en 1993) est moins important pour moi, même si cela apporte une reconnaissance du chemin parcouru. Les oscars ne sont intéressants que parce qu'ils donnent l'occasion de parler de l'Afrique et qu'ils manifestent à la face du monde que des Africains sont capables de donner des points de vue valables pour toute l'humanité. Si on a besoin d'être félicité pour ce qu'on fait, ce n'est pas la peine de s'engager dans le développement.


Histoire parfois chaotique?


Bien sûr, on ne rit pas tous les jours quand on est impliqué concrètement et quotidiennement dans le développement. Sortir du romantisme et de l'héroïsme des beaux projets permet de reconnaître que l'amour est souvent mis à rude épreuve par le quotidien, les mesquineries et les jalousies pour le pouvoir.


En 1989, donc tout au début de Songhaï, nous avons failli fermer la maison tant les autorités nous bloquaient dans notre travail. Il y avait aussi un  problème de main d'?uvre : les jeunes en formation réclamaient le droit de travailleurs sans véritablement travailler. Ce qui nous a amenés au tribunal et autres actions de ce genre et a débouché heureusement sur un accord de siège avec le gouvernement béninois qui reconnaissait alors la valeur du travail entrepris. Plus tard, un bulldozer a traversé notre terrain voulant s'en approprier une partie à notre grande surprise : polémique, discussion, accusation car je ne suis pas Béninois? Là encore les autorités ont fait preuve d'un grand soutien à Songhaï et cette connivence continue encore aujourd'hui, ce qui facilite certains dossiers. C'est une preuve que l'environnement socio-politique peut changer le cours des événements.


Toujours en 1989, quand les gens ont vu peu à peu qu'il n'y avait pas d'argent facile à partager à Songhaï, mais qu'il fallait se mettre au travail, d'autres critiques sont apparues : j'étais un espion américain dont il fallait se méfier ... Jusqu'à ce que cela entraîne l'un de mes collaborateurs béninois en prison pour quelques semaines, histoire de se venger de son engagement à mes côtés.


Combien de personnes travaillant à Songhaï sont parties avec des pintades sous le bras ou des lapins ou même des machines ! C'est l'argent d'autrui alors on peut se servir tant qu'on y a accès ! Quoi de plus « normal » ? C'est bien ce que font hélas beaucoup de responsables politiques dans le monde : se servir tant qu'on a une place de ministre ou autre responsabilité, car cela ne va pas durer, alors profitons-en ! Fausses factures et vols en tout genre de la part des quelques premiers collaborateurs que nous avions engagés, voyant là une manne : un projet signifie hélas dans le monde du développement, un endroit où il y a de l'argent et il faut en profiter pour se servir. Ces gens là ne voient pas qu'ils scient la branche qui aurait pu les aider à grimper plus haut dans le développement.


Moqueries et médisances face à notre détermination du début où tous espéraient que j'allais vite, avec mon équipe de non-spécialistes, me fatiguer et démissionner. C'était une réelle mise à l'épreuve, car biologiste et informaticien, je n'avais rien d'un agronome ! Beaucoup de calomnies, de critiques face au travail car nous avions décidé de retrousser nos manches et de viser l'auto suffisance pour éviter de dépendre à long terme de l'aide extérieure.


Il y eu aussi des réactions racistes : jamais les gens ne me prenaient pour le directeur s'adressant toujours à un « blanc » qui se trouvait par là. Ce sont là des signes de préjugés, de non-disposition à croire en l'autre, en l'Homme africain. On a même dit à une de mes collaboratrices françaises, « j'ai vu le gars là-bas - en parlant de moi - mais il ne connaît pas grand chose ! Pouvez-vous nous expliquer ce que vous faites ? ! ».


Et au fil des ans, toujours des incompréhensions, des jalousies d'autres organismes qui voient Songhaï évoluer, grandir?des coups montés aussi pour orienter des évaluations de façon à ce qu'elles soient négatives et qu'elles bloquent des soutiens, ou pour détourner des membres et les engager, une fois bien formés à Songhaï. Il y a aussi les difficultés de l'équipe, les rivalités internes, les jeux de pouvoir ou d'influence politicienne de tel ou tel? Le terrain du développement est très difficile et plein de relations de force et de pouvoir, car on heurte des habitudes. Je parle souvent du « pâturage des ONG » : tout le monde cherche de l'argent et des moyens partout et on est prêt à tout prendre sans vision, sans projet réel, mais pour vivre, quitte à faire plaisir aux bailleurs de fonds et écraser les autres. Et ça, c'est très grave pour l'Afrique qui se « prostitue ».


L'aventure du développement n'est donc pas un « long fleuve tranquille » mais une bataille de tous les instants qui exige de tenir, face aux coups de vents, aux bourrasques. On peut alors, au c?ur des tempêtes, expérimenter la joie de la vie, plus forte que tout.


Histoire d'une confiance tenace


Pour entrer dans la dynamique du développement, il est indispensable de croire en soi et en l'autre. Ces deux faces d'une foi - c'est la même racine que le mot confiance - sont essentielles pour qui se risque dans l'aventure du développement.


Croire en soi,