L'Afrique subsaharienne a le taux de mortalité des moins de 5 ans le plus élevé du monde et près d'une personne sur trois y meurt avant l'âge de 40 ans. C'est sur ce continent que l'espérance de vie est la plus faible et la mortalité infantile la plus élevée.
En Afrique subsaharienne, un enfant sur trois quitte l'école au bout de quatre ans au plus et 42 % des adultes sont illettrés.
Le produit national brut par tête d'habitant en Afrique subsaharienne est d'environ 510 $ (chiffres 1997) alors que la moyenne mondiale est de 4890 $. Les pays les plus pauvres de monde se trouvent sur ce continent : Ethiopie (100$), Congo (110$), Sierra Leone (140$), Niger, Burundi? alors même que ces pays ont des ressources importantes.
L'Afrique d'aujourd'hui est un monde en danger : la sécurité alimentaire déjà précaire dans certains pays, est menacée. Les guerres et les déplacements de population qu'elles provoquent, détruisent le peu de surplus qui était amassé. On passe de plus en plus d'une richesse sous-développée à une pauvreté développée.
Cette situation a de nombreuses causes parmi lesquelles la faible volonté politique de certains leaders africains et leur manque de conscience du bien commun national n'y sont pas pour rien. Nous devons faire notre examen de conscience politique? mais il n'y a pas que les leaders politiques qui soient responsables : le manque de dynamisme est de la responsabilité de tous et de chacun.
De plus, en regardant l'évolution du commerce mondial, on se rend compte du risque de marginalisation grandissant de l'Afrique qui ne représente même pas 2% des échanges internationaux. La mondialisation risque d'accélérer l'infériorisation de l'Afrique, de la mettre hors jeux non seulement dans le champ de l'économie et des technologies, mais aussi dans le champ de l'information, de la culture?si rien n'est fait en dehors de la dénonciation dans des sphères sociales qui sont quant à elles bien protégées.
La lucidité passe par la reconnaissance des impasses des grandes théories sur le développement qui ont plus été des mythes que des stimulateurs. On ne peut plus croire que le développement résultera tout naturellement de l'injection de capitaux ou de savoir-faire occidentaux et qu'il n'est pas nécessaire de prendre en compte les réalités locales particulières. Il importe aussi comprendre que les critères de mesure du développement en vogue ne sont pas adaptés aux réalités africaines : par exemple la place et la force du secteur dit informel qui est ignorée.
Il est nécessaire aussi d'accepter de voir l'échec d'une certaine politique de formation scolaire et universitaire où l'on forme surtout des chômeurs aigris et frustrés, malheureux dans leur vie, et utilisant des « mots savants » pris parmi les ?uvres des théoriciens occidentaux. La formation que nous avons suivie en Afrique est bien souvent la copie de ce qui se faisait en Europe avec vingt ans de retard.
Parmi les points de « mal-fonctionnement » de nos sociétés, il nous faut prendre en compte le coût de transaction qui est considérable pour chaque opération économique ou sociale : coût de la corruption, coût caché du retard dû à l'absence d'une culture de maintenance des matériaux de production, coût du transport lié à une mauvaise politique d'infrastructure, coût du temps lié au manque de précision, coût de l'énergie, coût de la mauvaise gestion? Tout cela renchérit chacune des activités économiques en Afrique et pénalise toute la société. Nous gaspillons nos avantages ; nous détruisons nos points forts par une insuffisante préoccupation pour l'efficacité.
Lucidité encore : celle qui consiste à prendre conscience de notre trop faible préoccupation écologique. La lutte pour la survie conduit la plupart des gens à surexploiter les ressources limitées dont ils disposent. La dégradation de l'environnement qui s'ensuit augmente alors les contraintes de l'existence, approfondissant ainsi la crise. L'Afrique est en train de fabriquer des bombes à retardement écologiques et sociales où la raréfaction des ressources naturelles tend à affaiblir la capacité de cohésion et de production de la société. Ce « cercle vicieux de la pauvreté » conduit les gens, bloqués dans leur histoire, à être à la fois agents et victimes de leurs propres actes destructeurs.
Voir ce qui va et ce qui ne va pas, analyser leurs causes, c'est ce qu'il y a de plus facile. L'essentiel est de développer de nouvelles capacités, d'inventer de nouvelles structures qui aideront à non seulement surmonter les difficultés d'aujourd'hui mais aussi à créer de nouvelles possibilités pour répondre aux besoins et désirs.
Hommes et femmes avec des yeux ouverts
Voir ce qui va et ce qui ne va pas, ce n'est ni être optimiste ni pessimiste. Une telle opposition n'a pas de sens : quand les bougies de votre voiture sont coulées, être optimiste ne sert pas à grand chose ; il faut être lucide, s'arrêter et changer les pièces. Ce qui importe c'est de mesurer l'ampleur des choses, des enjeux qui se présentent à nous, les hommes et les femmes d'Afrique. C'est s'armer pour y faire face en s'organisant ; c'est entrer dans la véritable dynamique de l'histoire.
Voir ce qui ne va pas n'est pas tomber dans le cynisme. C'est au contraire voir les défis et se mobiliser pour les relever. Le dynamisme d'un acteur de développement réside d'abord dans sa capacité à voir le monde qui l'entoure, et dont il est partie prenante, à la fois avec des yeux clairs et un c?ur aimant pour essayer de le transformer pour le plus grand bien de tous. Le plus important, c'est ce qui se passe dans chacune des têtes des sujets du développement. Voir avec lucidité, c'est entrer dans le mouvement du changement.
Voir ce qui va, c'est aussi prendre conscience qu'il y a des forces qui se déploient, des énergies profondes sur lesquelles s'appuyer et dont il