cela fait que l'Afrique bouge un peu partout, sûrement pas comme l'occident a bougé, tant les contextes sont différents, mais elle change en profondeur.


Malgré la corruption, la guerre, les détresses, il y a toujours ce courage de tenir, de repartir et d'avancer car la vie est un bien inestimable. Le courage de l'homme africain, son refus de mourir, est un capital encore non exploité pour relever l'Afrique qui tend à s'écrouler. Cependant, si cette force culturelle s'épuise trop, comme c'est la tendance aujourd'hui, il n'y aura plus de repères, et cela rendra le décollage socio-économique encore plus difficile.


L'Afrique c'est aussi quelques chiffres encourageants, même si le chemin vers la prospérité reste long :


« Les efforts ont fait que 11 pays du continent ont atteint en 1997 des taux de croissance économique de 6% et plus?Ce taux de croissance atteint ou dépasse l'objectif (considéré par beaucoup d'un optimisme délirant) fixé en 1991 par l'Assemblée générale dans le cadre du nouvel ordre du jour des Nations Unies pour le développement de l'Afrique dans les années 90. Ce qui est particulièrement encourageant dans ces taux de croissance, c'est qu'ils ont été enregistrés à une période où l'aide publique au développement est en déclin, où la croissance rapide des flux d'investissements étrangers directs à destination des pays en développement a largement ignoré l'Afrique, et où, ne l'oublions pas, certaines parties de l'Afrique sont encore en proie à des conflits et des luttes internes. » (K. Annan, ONU, 1998)


Depuis 20 ans, le taux d'alphabétisation des adultes a doublé, passant de 27% à 54 %. Entre 1970 et 1996, le taux net de scolarisation a doublé dans l'enseignement primaire et presque triplé dans le secondaire, passant de 50% à 74% et 13% à 38%, respectivement. Le taux de mortalité infantile est passé de 132 à 90 décès pour mille naissances vivantes au cours des années 1970 à 1997. Entre 1970 et 1997, l'espérance de vie à la naissance est passée de 44 à 52 ans. Depuis 10 ans, la part de la population ayant accès à l'eau potable a presque doublé, passant de 25% à 45 %.


Tout cela c'est l'Afrique qui se transforme et est consciente de ses responsabilités. Il importe de bien voir tous ces mouvements, ces évolutions et cette diversité avant de vouloir aider, intervenir, juger.





? Mais aussi ce qui ne va pas


Prendre en compte la diversité, c'est aussi ouvrir les yeux et reconnaître que certaines choses vont mal et même très mal, que l'Afrique pour une bonne part est un monde en danger. L'ultra-optimisme, même s'il favorise la fierté continentale, n'est pas la meilleure manière d'être lucides et actifs. Accepter de voir la réalité telle qu'elle est, même si cela fait mal, est la première attitude qu'on peut attendre d'un homme ou d'une femme qui se veut acteur de son histoire et de celle de son pays, solidaire pour un développement réel.


La lucidité est une valeur difficile car elle gêne tout le monde : les pessimistes-cyniques qui n'acceptent pas que certaines choses soient bonnes et les optimistes-naifs qui refusent d'entendre la moindre critique. La lucidité conduit à une certaine solitude qui fait parfois douter de soi, mais elle est la seule voie qui permet de participer en acteur à l'histoire réelle. Bien sûr, on n'est jamais dans la pure lucidité : il y a toujours des biais par lesquels nous analysons les événements, mais on peut essayer de ne pas se laisser bercer par les sirènes du « tout drame » ou du « tout bon ».


Acceptons de voir que les 40 ans d'indépendance n'ont pas été utilisés au mieux par de très nombreux gouvernements en Afrique et qu'on ne peut pas seulement accuser la colonisation pour expliquer le mal-développement. Certes la colonisation a entraîné un pillage des ressources et des hommes, avec une violence barbare qui laisse des traces après de nombreuses générations, mais elle a aussi engendré des habitudes négatives d'irresponsabilité qui sont bien pires. C'est ce que nous appelons l'endocolonisation : nous ne pouvons plus vivre sans la colonisation, sans l'extérieur?C'est souvent plus facile de se sentir victimes que de retrousser ses manches pour affronter la vie : sur ce point l'Asie peut nous donner de bonnes leçons.


Oser regarder ses propres difficultés n'est pas trahir sa culture ou son peuple ; au contraire, c'est la seule attitude qui permette la vraie fierté, celle qu'on peut avoir sans mentir, celle qui permet d'assumer son passé pour avancer vers demain la tête haute.


Il faut accepter de voir que de nombreux pays africains restent parmi les plus pauvres du monde si on regarde les statistiques. Même si ces statistiques ne décrivent pas toute l'étendue de la réalité (l'importance considérable du secteur dit informel échappe à la comptabilisation), elles donnent malgré tout, une image assez proche de la vérité.


Dans le monde entier, 841 millions de personnes souffrent de malnutrition. En Afrique subsaharienne, seule région du monde où la malnutrition n'a pas régulièrement reculé au cours des 30 dernières années, le nombre des sous-alimentés est passé de 103 millions en 1970 à 215 millions en 1990. La ration calorique moyenne (2225 calories en 1970 et 2237 en 1995) reste, dans la région, inférieure au minimum requis (2300 calories par jour) alors que dans l'ensemble des pays en développement, cette ration est passée de 2131 à 2572 calories.


48% de la population de l'Afrique subsaharienne (et 880 millions de personnes dans le monde) n'ont pas accès aux services de santé.