autres civilisations surtout au niveau du développement de la science et du commerce.
Le continent africain n'est pas monolithique, comme on le pense aujourd'hui. Il y a plus que l'Afrique des villes et celle des campagnes, il y a l'Afrique des artistes, des créateurs, des informaticiens, des paysans, des commerçants? C'est dommage qu'on ne parle pas de cette diversité de l'Afrique qui peut constituer une de ses forces et qui est un élément de sa beauté, de sa fascination et de son apport à la culture mondiale.
Il y a pour le moins des Afriques, des régions très contrastées à tous les points de vue. Ces régions sont intégrées de manières différentes dans l'économie mondiale car elles ont des traditions coloniales et post-coloniales extrêmement différentes, qu'elles ont intégrées, là encore, de manières diverses. L'Afrique de l'Est et celle de l'Ouest sont différentes et complémentaires.
Attention donc à ne pas généraliser trop rapidement des discours et des analyses sur l'Afrique. C'est cette trop grande simplification qui disqualifie à la fois les discours pessimistes ou trop naïfs. Il y a en Afrique des hommes et des femmes de différents pays et cultures. La moindre des choses, c'est de reconnaître le caractère unique de chacun. Le respect de leur dignité passe d'abord par cette réaffirmation des originalités constitutives de l'Afrique d'aujourd'hui. Un des plus grands torts sur l'Afrique demeure toujours d'une part le regard simpliste et réductionniste des Occidentaux, et d'autre part le refus d'accepter la complexité et la diversité de l'Afrique comme normale. La force de l'Afrique, ce sont ses couleurs, la transformer en une moule plate ne lui conviendra jamais.
Savoir voir ce qui va bien
Prendre en compte la diversité, c'est voir qu'un certain nombre de choses marchent bien? ou pour le moins, sûrement pas aussi mal que ne le disent les afro-pessimistes. Pour qui, en fait, roulent ces derniers ? Quel intérêt ont-ils à jeter le discrédit sur les pas qui sont faits, des petits pas bien sûr, mais non pas nuls ? Pourquoi dénigrent-ils toujours ce qui vient d'Afrique ?
Ce qui compte en Afrique, c'est le vouloir vivre, la capacité de l'homme africain de dépasser, de surmonter les difficultés avec le sourire. L'homme africain est très poétique. C'est le signe visible d'une Afrique qui refuse de disparaître ; c'est sa base culturelle qui dit le refus de mourir malgré la mauvaise gouvernance, la malchance et les difficultés de toutes sortes.
Quand je vois dans les villages les plus reculés, là où les gens n'ont même pas ce qu'ils vont manger dans la journée, des gens très pauvres, qui en signe d'accueil saluent avec un sourire indescriptible, un sourire qui cache toute leur souffrance, je me dis au fond de moi que cette force d'avoir un courage intérieur ne se retrouve nulle part ailleurs dans le monde.
Allez dans ces pays africains, où la guerre sévit, où la famine s'installe, vous trouverez toujours que ces mêmes personnes, faisant face à la misère et à la désolation, à l'insécurité aussi bien politique que sociale, sont dans la joie, dansent et chantent. Ce n'est pas là faire preuve de naïveté ou de puérilité face à la vie, mais la preuve d'une grande force de résilience et de résistance. Ces grandes valeurs spirituelles et culturelles n'ont pas encore dit leur dernier mot.
Bon nombre d'exemples sont là pour nous redire la force de l'Afrique :
- Au Bénin, dans les années 1988-1989, faillite bancaire, grèves, non-paiement de salaires? et pourtant, les gens ont trouvé les moyens de survivre en retournant aux champs, en lançant de petites affaires en tout genre, en développant un courage extrême pour tenir et faire tenir leurs proches. Avec le dynamisme du soi-disant système informel, ce sont finalement les commerçants qui ont pu relever le pays.
- Des réfugiés du Congo au Bénin racontent leur fuite à travers les forêts pendant des semaines avec cette rage de vouloir s'en sortir et vivre.
- Au Malawi, pays ravagé par le SIDA, les grands-parents ont pris la relève de nombreux parents morts pour élever les petits enfants à partir de rien.
- Au Nigeria, pays qui a connu de grands dictateurs comme Sanni Abacha? et tandis que le pays était politiquement malade, souffrant, les gens gardaient la joie de vivre. Lors des dernières émeutes avec l'idée d'instaurer la Charia dans un certain nombre d'états du Nord, beaucoup d'Ibo chrétiens, ont caché des Haoussa musulmans chez eux et vice versa.
De tout cela personne ne parle ; les média ne voient que les déchirures et les échecs car c'est le catastrophisme qui fait vendre la presse. Finalement, on ne voit pas l'Afrique. On parle d'une Afrique qu'on ne connaît pas.
On pourrait aussi parler de la conférence nationale du Bénin en 1990 qui a fait sortir le pays du marasme politique, du triomphe de la démocratie au Sénégal avec l'accession au pouvoir d'un autre président (Abdoulaye Wade) et de bien des actions collectives pour sortir de la misère de manière communautaire, de fêtes inter-générations ou inter-ethniques pour souder les villages?
Partout en Afrique, ce sont les tontines, les marchés comme celui de Cotonou qui brasse des millions par jour sans que cela ne soit « consigné », la force de l'Homme africain avec son côté poétique, sa forte relation à la Nature (ethnomédecine?), sa force spirituelle quelle que soit sa religion d'ailleurs, sa tendance démocratique de plus en plus visible un peu partout (Bénin, Sénégal, Nigeria?), ses initiatives personnelles?Tout