avant la fin de la couvaison de ses ?ufs sinon toute la gestation est perdue », et celui d'aller encore plus loin. Ecrire l'histoire, voir ce qui a été la ligne de crête dans les succès et les échecs, est une manière d'amorcer le nouveau voyage, tout en affermissant ce qu'est Songhaï.
Au terme de ces quinze années, j'ai besoin de faire le point, de redire ce que fut et peut être Songhaï. Il est indispensable de continuer à lutter contre la mal-compréhension de quelques amis ou collaborateurs car chacun dilue Songhaï à sa manière ; ils croient connaître et comprendre mais n'ont parfois qu'une vue partielle. A ceux-là, ce livre est dédié pour qu'ils puissent retrouver le fil rouge de cette aventure et y reprendre goût.
Il ne s'agit donc pas d'écrire des « Mémoires » qui parleraient du passé mais de retrouver à travers la vie quotidienne de Songhaï, les sources vitales qui irriguent l'action. Il ne s'agit pas d'écrire ma vie car Songhaï fut et est un projet d'une équipe, qui a certes beaucoup changé, mais qui a toujours été marqué par la dimension communautaire de l'action ; c'est aussi le projet d'un vaste réseau d'amis, de frères, de s?urs?
Ce qui m'intéresse profondément ce sont les gens qui essaient de comprendre : un petit nombre de gens dévoués peut faire la différence et montrer le succès en multipliant et connectant les énergies positives. Ensuite le c?ur et l'humilité permettent de se laisser embarquer par cette vague, dans ce mouvement et d'aller plus loin vers une montée humaine plus authentique et plus globale.
En effet, Songhaï réside dans le c?ur de l'Homme qui sent l'enjeu de l'Afrique, qui est prêt à changer continuellement sa vie pour faire face aux problèmes. Songhaï n'est pas une forme fixe, pas un chemin fixe mais une arène où se créent sans cesse les mécanismes et les moyens nécessaires à l'aventure du développement.
Songhaï est aussi une manière de voir le monde et en particulier l'Afrique : regard qui part du terrain et y revient, ayant exploré la science, l'approche systémique, la prise en compte de la culture et des spiritualités. C'est aussi un regard collectif qui s'affine dans le débat et le partage d'expériences tant positives que négatives, sans langue de bois.
Songhaï, c'est enfin un lieu de formation, d'initiation pour ceux et celles qui veulent devenir des acteurs de leur histoire. Pour ceux et celles qui ne veulent pas passer leur temps à pleurnicher sur les maux de l'Afrique mais qui acceptent de se retrousser les manches, Songhaï offre un espace pour vivre à plein leur dignité et la développer.
Dans les quelques pages de ce livre, il s'agit en fait, de décrire des moyens - philosophiques et spirituels, techniques et pédagogiques - pour redonner aux hommes et femmes d'Afrique conscience qu'ils ont une partie de leur avenir dans leurs propres mains? pour l'Afrique d'abord, mais aussi pour toutes les personnes de bonne volonté qui veulent participer à l'émergence d'un monde meilleur à travers toute la planète.
Songhaï ne prétend pas être LE MODELE qu'il faut suivre. Songhaï est une proposition faite à ceux et celles qui cherchent à faire triompher la vie sur la mort, qui espèrent que demain sera plus juste et plus fraternel si chacun investit le meilleur de lui-même dans cette perspective.
Si ce petit livre donne le goût de vivre et du plaisir à être un humain debout, il aura atteint son objectif.
Frère Nzamujo o.p
Songhaï, Porto Novo,
le 8 Août 2001
Accepter d'ouvrir les yeux
Lorsqu'on a la chance de pouvoir voyager à travers l'Afrique ou de rencontrer des hommes et des femmes des divers pays de ce continent, on est à la fois frappé par les évidentes proximité et fraternité qui réunissent ces pays et ces gens, et étonné par la grande diversité des situations et des problématiques. L'Afrique est diverse, riche de ses diversités.
En faisant le tour de Mombassa jusqu'au Sénégal ou de Khartoum à Cape Town, je suis toujours frappé par cette diversité géographique, cette beauté de l'Afrique, qu'on ne perçoit guère quand on se trouve en Amérique ou en Europe. Quand je vois les grands fleuves du Niger, le Grand Congo, le Zambèze, le Nil, puis les montagnes de l'Ethiopie, les plateaux du Cameroun, les plaines du Kenya, sans oublier les animaux des parcs de la Pendjari, de Nairobi?, je découvre à quel point l'Afrique est riche et bien dotée par la nature. Ce sont d'énormes possibilités qu'elle pourrait mettre à profit pour amorcer un vrai développement. Mais hélas !
L'Afrique n'est pas un peuple. Elle est composée de divers peuples, de différentes nations. Si on jette un regard sur la culture et les peuples d'Afrique, on ne peut plus douter que l'Afrique soit le berceau de plusieurs civilisations : zoulou, bantou, mandingue?et de nombreuses et fertiles interactions entre ces civilisations. L'Afrique a également alimenté les